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Les bonnes manières

Please
« Flashlight » (EP)

Au lendemain de cet entretien anticonformiste et à la lumière de leur dernier EP, Flashlight, Please aventurera enfin sa créativité dans un premier album.
Attendu que Dylan Amsellem, Louis Badha et Aristide Lacarrère écument depuis leurs débuts les usages et les canons de la composition comme s’il s’agissait d’une règle de vie observée par les membres d’un groupe, cette évidente robinsonnade réunira sans doute un faisceau de compétences – audaces de pirates assumés, talents d’explorateurs de sonorités – et verra surtout, une fois encore, nos héros du soft rock improviser, sans étiquette mais adresse, leur propre survie sur l’océan de l’industrie musicale.
À l’horizon de ce trésor de confidences pour Discotexte, le trio parisien et son œuvre jamais naufragés ressemblent à un îlot de sincérité, d’expériences et de résistance qu’il est donc convenu de respecter et de suivre sans faire de politesses. Please, ou l’art et la manière.

Discotexte : Il faut savoir que la première question est souvent la plus difficile à trouver. C’est pourquoi j’aimerais profiter de sa présence et demander conseil à un confrère du Khâgne Herald [média collaboratif concentré sur l’actualité des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) Littéraires, ndlr] : quelle serait la meilleure entrée en matière pour faire connaissance avec Please ?

Aristide Lacarrère  : (rires) Oh, wouah ! Euh… (il se tourne vers les deux autres)
Louis Badha  : (à Aristide) C’est toi, le journaliste !
Aristide : (aux autres) Journaliste, je l’ai été le temps de deux, trois articles ! Vous pouvez m’aider ! N’hésitez pas !
Louis : (à Aristide) Non, justement : sur ses notes, il est écrit : « Les autres membres du groupe ne doivent pas… » (rires)
Aristide : Bien sûr… (rires) La meilleure introduction à Please, je pense, c’est de venir nous voir en concert. Beaucoup de gens ont du mal à nous comprendre jusqu’à ce qu’ils viennent nous voir en live : ça permet de briser un peu la glace et ça rend la suite plus facile.

Alors, si tu devais poser la première question de cet entretien, quelle serait-elle ?

Louis : « Quand est-ce que vous jouez ? » (rires)

Aristide Lacarrère © archives personnelles de Please
Please (Louis Badha) sur la scène de La Maroquinerie (2024) © Hector Passat
Please (de gauche à droite : Aristide Lacarrère et Dylan Amsellem) sur la scène de La Maroquinerie (2024) © Hector Passat

Se documenter sur vous trois fut une tâche ardue : il n’y a encore que trop peu d’articles à propos du groupe, pas assez de chroniques de vos EP et de rares interviews… Est-ce compliqué pour vous aussi d’aller à la rencontre des médias ?

Dylan Amsellem  : Chaque chose en son temps ! On est jeunes : on a sorti deux disques, mais Please n’a que 3 ans. Disons que ça va venir, petit à petit… On prend ce qui arrive – on n’est jamais trop en mode : « Il nous faut des médias » – et on laisse faire leur boulot aux attachés de presse : nous, on fait de la musique, pas du relationship. J’avoue que ce n’est pas trop notre focus premier.

Pour autant, est-ce un exercice que vous appréciez ?

Aristide : On le maîtrise mieux maintenant qu’il y a deux ans, surtout…
Dylan : On n’a pas d’affinités particulières avec la presse, mais, parfois, ça peut être très sympa : abstraction faite des « Présentez-vous », « Quelles sont vos influences ? », et « Quelle est votre actualité ? », dès qu’il s’agit de formats un peu plus longs avec une discussion ou qui n’ont rien à voir avec du journalisme traditionnel – « Qu’est-ce que tu tartines le matin ? » pour savoir, en fait, quelle est ta façon de composer de la musique –, c’est beaucoup plus fun pour nous.

Si on ne vous a pas beaucoup – pas suffisamment – remarqués dans la presse, l’année dernière, vous avez néanmoins multiplié les concerts et les festivals, ouvert pour les premières dates de la tournée de L’Impératrice [groupe français de pop et nu-disco, ndlr] et joué en première partie de Justice [duo français de musique électronique, ndlr] devant 18 000 personnes…

Dylan : (m’interrompant) Voilà, ça, c’est notre métier !

En quelques mots, comment avez-vous vécu 2024 ?

Dylan : Bien ! Très, très bien ! C’était hyper positif, et un vrai kif d’être sur les routes, de faire beaucoup de concerts, vachement différents – des co-plateaux, des premières parties, des festivals… C’est super cool, aussi, d’avoir eu une trajectoire véritablement ascendante sur l’année : on est passés par La Maroquinerie [le 17 avril, ndlr], le festival Rock en Seine [le 23 août, ndlr], La Cigale [le 18 octobre, lors du MaMA (Marché des Musiques Actuelles) Music & Convention, ndlr], L’Olympia [le 22 novembre, ndlr] et enfin Bercy [(renommé Accor Arena) le 18 décembre, ndlr] ! Ça monte, ça monte ! Bon, ce ne sont pas nos salles, ce sont souvent des premières parties, mais c’est quand même la première année que l’on remarque comme notre travail, notre projet, la vision qu’on en a et notre façon de le faire évoluer, certains commencent à y croire, à comprendre ce que l’on fait : ce sont des validations importantes, qui nous permettent de démarrer une nouvelle année comme celle-ci avec entrain et motivation. Pour l’instant, ces gens ne constituent pas la masse, mais ils le deviendront si l’on continue et si l’on croit nous-mêmes encore en ce que l’on fait pendant les cinq, dix prochaines années.

Ces personnes, qui sont-elles : s’agit-il du public de Please ou bien de celles et ceux qui travaillent dans l’ombre du groupe ?

Dylan : Les deux. Il est impossible, dans cette industrie, d’avancer sans les « professionnels » : on a besoin d’eux, de leur soutien. Mais le plus cool, c’est de constater, notamment sur les dates de festival, qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent tout devant, aux crash barrières, qui attendent notre venue, et qui chantent nos chansons ! Il y en a encore beaucoup qui nous découvrent, mais il y a aussi une petite partie de la foule qui a kiffé Of Our Own (2020) ou More Than a Friend [single de la « Deluxe Edition » de l’EP Please (2023), ndlr], qui espère qu’on l’interprète sur scène, et qui, parfois, nous envoie un message après le concert : « Oh, non ! Vous n’avez pas joué ce titre que j’adore ! » On se dit qu’on vient de passer un deuxième step : c’est la première année qu’on a le sentiment que des gens ont adhéré au projet, et qu’ils le suivent ! Bien sûr, c’est aussi une année où beaucoup de pros nous ont mis le grappin dessus – autant les journalistes que des partenaires potentiels : on a un nouveau management [Quydam, ndlr], un nouveau tourneur [AEG, ndlr]… –, et ça nous a renforcés. C’est un ensemble. Et je le vois comme un cheminement.

affiche pour le concert de Please à La Maroquinerie (2024) © archives personnelles de Please

Votre concert à La Cigale, sans leur être réservé, s’adressait précisément aux professionnels du métier : avez-vous eu des retombées suite à cette prestation ?

Dylan : Ouais, on a eu quelques retours… Par exemple, on figurait dans les reviews « Les 5 meilleurs concerts du MaMA », et on était en mode : « Oh, trop bien ! » On était vraiment contents d’avoir ce genre de critique-là parce que, aussi symbolique soit-elle, c’était une date super importante pour nous. Parce que depuis qu’on a commencé, notre fer de lance, c’est : « Viens nous voir en live, tu vas prendre ta tarte ! » À chaque concert, en backstage, on s’échauffe et on se dit : « Frère, on va leur mettre des claques ! » – la scène, c’est un ring ! En revanche, là où l’on n’a pas eu de chance du tout, c’est qu’on a joué l’un des derniers concerts du MaMA, le vendredi soir : on a appris plus tard qu’une bonne majorité de pros était déjà partie avec les derniers trains… On a tenté de nous rassurer : « Il y avait beaucoup de monde, quand même… » Peut-être, mais certainement pas autant que sur d’autres slots que nous aurions pu faire… Tant pis, ce n’est pas grave. Un soir de concert, ce n’est pas notre objectif premier que d’aller chercher ces gens-là, et quiconque est dans la salle va comprendre immédiatement que notre projet, c’est faire de la musique, et basta così.
Aristide : On n’attend plus grand-chose de ce type d’événements. C’est devenu un exercice. On en a fait, beaucoup, des concerts devant des pros – même en période de COVID, face à huit jurés, dans un Bataclan vide… Et, en général, on s’entend dire : « Ah, bah là, non, ils n’ont pas compris le projet… », ou « Oui, il y a eu un coup de cœur… », mais on n’en connaît jamais la suite. A contrario, quand on fait une Maroquinerie complète, le bruit dépasse souvent les murs de la salle et parvient jusqu’aux oreilles de ceux qui la tendent… J’ai l’impression qu’un live réussi, en présence d’un public qui est là pour apprécier un concert avant de le juger, aura toujours plus d’impact sur notre développement, notre carrière.

Est-ce également l’efficacité du bouche-à-oreille qui vous a donné l’opportunité d’ouvrir pour des groupes de renommée internationale ?

Dylan : En fait, microqlima [label français indépendant chez qui L’Impératrice est signé, ndlr] est aujourd’hui notre éditeur et distributeur… Mais on a été surpris et très contents d’être invités par Ed Banger [Records, label français chez qui Justice est signé, ndlr] : c’était trop cool de se retrouver sur une affiche avec autant de noms historiques de l’electro et de les rencontrer…
Aristide : L’Impératrice et Justice sont deux projets qui nous connaissent depuis assez longtemps. Par exemple, Gaspard [Augé, membre de Justice, duo qu’il forme avec Xavier de Rosnay, ndlr] était venu nous voir à notre Boule Noire [le 27 avril 2023, ndlr] – il avait même acheté et porté un de nos tee-shirts ! (rires) – parce qu’on a une amie en commun, mais surtout parce qu’il était curieux : en vérité, le rock que l’on fait, c’est aussi la musique qu’il aime ! C’est le témoignage d’amitié, d’estime, d’un artiste à un autre, mais c’est aussi une forme de reconnaissance…

L'Impératrice, "Pulsar" (mıcroqlıma, 2024) © DR / River Cousin
affiche pour le "Pulsar Tour" de L'Impératrice © DR / Jérémy Beaudet
« C’est la première année que l’on remarque comme notre travail, notre projet, la vision qu’on en a et notre façon de le faire évoluer, certains commencent à y croire, à le comprendre : ce sont des validations importantes qui nous permettent de repartir avec entrain et motivation. »

Dylan Amsellem

affiche pour l'"Hyperdrama Tour" de Justice © DR / Justice
Justice, "Hyperdrama" (Ed Banger Records / Because Music, 2024) © DR / Thomas Jumin
Please (Aristide Lacarrère, à gauche, et Dylan Amsellem, à droite) et Justice (Gaspard Augé, au centre) dans les coulisses de l'Accor Arena de Paris (2024) © Hector Passat
Please (Louis Badha, à gauche) et Justice (Xavier de Rosnay, à droite) dans les coulisses de l'Accor Arena de Paris (2024) © Hector Passat

Et quels rapports entretenez-vous avec votre public ? Parce qu’il est loin, le temps de « La soirée des talents cachés du lycée Buffon » [à laquelle les futurs membres de Please participaient en avril 2013, ndlr]…

Aristide : (rires) Non, il n’est pas si loin ! Il y a toujours le même dynamisme, des deux côtés ! Disons que j’ai l’impression que notre public n’a pas changé dans son approche, parce qu’on est beaucoup en communion avec lui : on a vraiment envie de faire un transfert d’énergie. Un concert est réussi quand on est parvenus à créer un moment unique et que l’on partage tous ensemble les mêmes sensations.
Dylan : Je rejoins Aristide : en termes de mindset [état d’esprit, ndlr], rien n’a changé depuis la cinquième ! On se disait déjà : « On y va à l’énergie ! On va le faire ! On va connecter ! », surtout parce qu’on n’avait pas grand-chose d’autre à proposer – on n’était même pas sûrs de se rappeler la structure de tel ou tel morceau ! Aujourd’hui, je te rassure, ce n’est plus le cas : on connaît nos compos, on répète, il n’y a aucun problème !
Aristide : Oui, on maîtrise beaucoup mieux notre show, maintenant ! (rires)
Louis : (s’adressant à moi) À toi de voir et d’écrire ou pas : « Ils sont aussi nuls qu’en quatrième »
Dylan : On s’en sortait comme ça, à l’époque ! Et c’est une force qu’on a conservée : on monte sur scène avec le même état d’esprit, avec l’ambition que le groupe et le public vivent une expérience commune.

Quel serait l’intérêt de monter sur scène blasés ?

Dylan : Mais certains le font, parfois avec style, beaucoup de classe…
Aristide : Oui, il y en a plein qui se produisent sans l’envie de ne laisser personne sur la touche. Pas nous. Dans le public, devant nous, ce ne sont clairement plus seulement que des potes, et pour autant, ça saute, ça attrape le clavier, ça chante les refrains : on a l’impression de tous se connaître !
Dylan : Mk.gee [Michael Gordon, de son vrai nom, producteur et auteur-compositeur-interprète américain de musique indé expérimentale, ndlr], par exemple, si les gens ne se sont pas déplacés pour lui, s’ils ne captent pas ce qu’il leur donne pendant le concert, ils passent complètement à côté ! Mk.gee ne vient pas chercher le public : il fait un live très introverti. À l’inverse, les shows de Please sont totalement extravertis !
Aristide : On a du mal avec le public qui écoute uniquement… C’est bon signe pour certains, mais nous, on a besoin de se rassurer : « Il était attentif ! » D’ailleurs, le plus souvent, on a de bons retours… En tout cas, ça ne nous convient pas : on a envie qu’il s’excite et qu’il crie !
Louis : On a gardé le côté fête de cette époque…

Mk.gee, "Two Star & The Dream Police" © DR / Danica Kleinknecht
Please sur la scène de l'Accor Arena de Paris (2024) © Hector Passat

Cependant, le titre Flashlight [extrait de l’EP Flashlight (Good Manners Records, 2024), ndlr] et son clip rendent compte d’une expérience désagréable que vous avez eue sur scène…

Aristide : Carrément : cette fois, les gens n’en avaient rien à foutre ! Le plus frustrant, c’est que la salle – en l’occurrence, une sorte d’amphithéâtre sur une île dans le Sud : un cadre magnifique – était pleine à craquer, avec de belles lumières ; dans les coulisses, on était chauffés à blanc : « On va faire le concert de notre vie, là ! ». Et puis on est montés sur scène, avec un petit larsen de la loose – comme dans les films ! –, et on a tout de suite compris qu’on allait passer quarante-cinq minutes de torture…
Dylan : Entre deux groupes, le public est souvent à moitié retourné, ça discute, ça boit une bière. Quand le show a commencé, c’était toujours l’ambiance d’un changement de plateau : on pensait qu’ils allaient faire face à la scène – « Les gars ? On est là, en fait ! » –, mais non ! Ça a été l’enfer.
Aristide : Avec des mecs qui interpellaient Dylan : « Est-ce que tu peux jouer… ? », comme on ferait des requests au DJ… C’était lunaire !
Dylan : On a bien eu le seum…
Aristide : Ouais, on a beaucoup bu ce soir-là, après. (rires)

« On fait revivre cette culture du groupe, mais avec beaucoup d’autodérision, très conscients que poser sérieusement avec nos instruments devant une caméra, c’est impossible ! Donc,
on twiste, et on essaye de faire du mal
à cette imagerie. »

Dylan Amsellem

Louis Badha © archives personnelles de Please
Dylan Amsellem © archives personnelles de Please
Aristide Lacarrère © archives personnelles de Please

L’un de vos premiers singles, It’s Only a Band [extrait de l’EP Please (2023), ndlr] exprimait déjà une vision particulière du groupe de musique et de ce que l’auditeur pouvait attendre de lui – notamment à cause de cette phrase : « Sorrow and pain », qui revient souvent…

Dylan : Il y avait déjà l’idée d’essayer de jouer de cette esthétique de groupe un peu désuète – on ne va pas se mentir ! Aujourd’hui, on vit dans une industrie de beatmakers, chanteurs ou rappeurs, mais pas de groupes ; alors, on fait revivre cette culture du groupe, mais avec beaucoup d’autodérision : c’est-à-dire que dès qu’on doit se mettre en scène, on le fait au millième degré, très conscients que poser sérieusement avec nos instruments devant une caméra, c’est impossible ! Nous-mêmes, on ne va pas kiffer – « Jamais, ça ne sort ! » –, et tout le monde va se foutre de notre gueule ! Donc, on twiste, et on essaye de faire du mal à cette imagerie. « Sorrow and pain », ça signifie surtout qu’on a beaucoup de recul avec notre propre musique, et qu’au fond, ce qu’on essaie de faire, c’est une pop qui doit « faire danser en pleurant », comme on dit souvent : être excité et en même temps se laisser emporter, ressentir des mixed feelings [« émotions contraires », ndlr]. Oui, voilà, je pense que l’auteur a voulu retranscrire cette idée-là… (rires)

Il y a toujours eu chez Please ce besoin d’écorner le mythe du groupe de rock, de faire valoir ses authentiques imperfections plutôt que de mettre en valeur des fantasmes que l’on sait mensongers…

Dylan : C’est clair !
Aristide : Carrément ! En fait, on remet en scène cette vision en sachant qu’il ne s’agit que d’un fantasme. On dit souvent qu’on a un groupe de rock, pourtant, tous les trois, on n’en est pas un : quand on fait de la musique ensemble, chacun n’est pas assigné à un instrument, à un « rôle ». On a une vision à la fois beaucoup plus fluide et brouillée de la formation.
Dylan : D’ailleurs, je trouve que ce recul vis-à-vis de ce que l’on est, le fait de tordre le cou à l’esthétique du power trio – qui existe quand même quand tu regardes nos clips –, c’est un moyen pour l’auditeur ou le spectateur d’apprécier un groupe de rock. Beaucoup de gens kiffent nos clips parce qu’il y a ce second degré, mais, pour autant, ils nous appellent les Bee Gees ! C’est ambivalent. Mais, c’est juste une façon de faire avaler la pilule.

Vous jouez presque invariablement la carte de l’autodérision, de l’humour, dans chacune de vos vidéos : est-ce une identité propre au groupe ou une forme de protection pour ne pas avoir à tout dévoiler ?

Aristide : Certains artistes se mettent en scène d’une façon, et sont très différents quand tu les rencontres dans la vraie vie. Nous, que ce soit dans nos clips, dans nos live, on reste assez fidèles à qui l’on est au quotidien : on aime déconner tout le temps, tout tourner en dérision…
Dylan : Franchement, entre nous, on est rarement sérieux. À part maintenant… (rires)
Aristide : Oui, c’est très particulier, là : on vit une sacrée expérience… (rires)
Dylan : Les seuls moments véritablement sérieux, c’est peut-être quand on est en train de mettre un EQ [abréviation pour « equalizer », appareil ou logiciel de traitement du son permettant de filtrer ou d’amplifier différentes bandes de fréquences composant un signal audio, ndlr] sur une piste et que l’un de nous s’écrie : « Non, il y a trop de 5k[Hz], là ! » Enfin, je dis ça mais, même quand on crée, quand on est en tournée, si on ne s’amuse pas, ça ne marche pas ! Pareil, quand on tourne un clip : il vaut mieux avoir l’idée qui va nous permettre de nous marrer en le faisant, parce que regarder la caméra et parler de « sorrow and pain » au premier degré, on ne peut pas. Et on n’y arrivera jamais – soit on va partir en fou rire, soit on va vite fait se reprendre : « Mec, on est vraiment en train de raconter ça ? » Surtout, je pense qu’on a tous les trois cette culture du twist [rebondissement ou révélation inattendue qui jette un nouvel éclairage sur une histoire, ndlr] au cinéma : on n’aime pas qu’on nous serve la soupe, on préfère ne pas comprendre où les scénaristes veulent en venir, que ce soit un tout petit peu énigmatique.
Louis : C’est pourquoi le clip de Flashlight, si on le prend au premier degré, on passe forcément à côté.

Louis Badha, lors du concert de Please sur la scène du Palmarosa Festival, à Montpellier (2024) © Hector Passat

Maintenant qu’on a fait un peu plus ample connaissance, et qu’on se fiche pas mal de savoir que Louis est diplômé en ingénierie aérospatiale, aéronautique et astronautique…

Louis : (m’interrompant) Ça n’intéresse personne ! (rires)

…Aristide, en management des médias, et Dylan, en finance et stratégie, pourrait-on connaître votre parcours musical : en marge de vos études supérieures, auriez-vous suivi une formation, académique ou non, de la musique ?

Aristide : On est plus ou moins autodidactes, parce qu’on a tous les trois pris des cours…
Louis : Pendant longtemps, en ce qui me concerne : j’ai suivi des cours de batterie, de musique, un peu de jazz, aussi…
Dylan : (à Aristide) Comment il se la pète de ouf ! (rires)
Louis : (à Dylan) Ben ouais, je me la raconte ! (rires) J’ai d’abord fait du xylophone à l’âge de 3 ans, pendant deux ans ; j’ai commencé la batterie à 7, 8 ans, et pris des cours pendant dix ans environ avant de bosser vachement tout seul, comme mes camarades…
Aristide : (à Louis) Tu es ceinture noire de batterie, là !
Dylan : (à Louis) Ça fait déjà vingt ans que t’en joues ? Aïe, aïe, aïe, ça fait mal…
Louis : Vingt ans de batterie, et toujours incapable d’en jouer correctement ! (rires)
Aristide : « Louis Bahda, batteur depuis vingt ans. Bientôt le biopic. » (rires)

Moi, j’ai commencé à apprendre la guitare par moi-même, et puis j’ai fait trois mois de cours et ça m’a vite saoulé ! Très franchement, mon école de musique, c’est Please : Dylan m’a donné plein de conseils, j’ai même appris à jouer de la batterie pendant les répètes…
Dylan : Je suis un autodidacte. Mais mes parents diraient que je suis un enfant de la balle, parce qu’ils sont tous les deux musiciens : ma mère chante, et mon père… Je me souviens de dimanches après-midi, soir – il y avait presque quelque chose de religieux – où il mettait un disque de James Brown [auteur-compositeur-interprète américain de soul music et de funk, ndlr], et puis il m’appelait : « Dylan, prends la guitare ! On va groover comme ça, maintenant ! » ; il laissait tourner une boîte à rythmes et jouait de la basse dessus : « Non, ça ne groove pas assez, là ! »
Aristide : Ah, tout s’explique ! (à Dylan) C’est pour ça que tu as une notion si précise du groove et du non-groove ! (rires)
Dylan : Avec du recul, je me dis qu’il aurait peut-être pu me laisser jouer tranquille… Mais la vérité, c’est que j’ai trop kiffé que mon père me transmette sa passion !
Louis : Un autre biopic va sortir… (rires)
Dylan : Ouais : It doesn’t sound right to me! (rires)

James Brown © DR / Polydor Archives

C’est donc avec quelques connaissances élémentaires que vous avez commencé à jouer ensemble au collège sous le nom de Voltaire on Rocking-Chair puis celui de Coruscant Capsule pendant le lycée…

Aristide : (m’interrompant) Oh, ça me fait bizarre de l’entendre de la part de quelqu’un d’autre…
Dylan : (à Aristide) Ouais ! Et nous, on doit l’assumer comme ça : « Oui, exactement ! Tout à fait ! » (rires)

Avant de partir chacun vers des années d’études, aviez-vous déjà l’ambition de vivre un jour de la musique ?

Aristide : Oui. Mais comme à cet âge-là, on est encore naïf, et l’avenir très flou, à la question : « Tu feras quoi, quand tu seras grand ? », même si j’ai suivi une filière ES [sciences économiques et sociales, ndlr] et que je suis allé en hypokhâgne [première année des classes préparatoires littéraires, ndlr], je répondais : « Quand je serai grand, je ferai de la musique avec Louis et Dylan ! » Mais je ne savais pas trop par quel biais, ni comment ni quand cette idée allait se concrétiser vraiment. En tout cas, pour ma part, sans être un plan fomenté méticuleusement, elle a toujours été là.
Dylan : Surtout, quand le projet s’est présenté, ce n’était pas une révélation pour nous, plutôt le naturel qui revient au-devant au galop. Je dois avouer qu’il y a quand même eu une époque pendant laquelle je ne voulais pas faire ça, seulement pour ne pas faire comme mes parents… Et puis l’idée nous a rattrapés…
Louis : Mais personne n’a été surpris. Peut-être ne faut-il pas parler d’« ambition » mais de « rêve » : ce n’était pas prévu.

Vous êtes néanmoins tous partis faire des études supérieures. N’est-ce pas le moment où chacun d’entre nous entend la voix de la raison lui murmurer : « Ne vaudrait-il pas mieux que j’adopte un mode de vie plus stable ? » ?

Dylan : Si, bien sûr ! Complètement !
Aristide : Je crois qu’à la fin de nos études, et donc au moment où l’on a « monté » le groupe, il était plus flippant de continuer dans nos voies respectives que de décider de mener la vie d’artiste, davantage dans le prolongement de nos aspirations, et vers laquelle on a été naturellement poussés. « Les gars, je suis trop content : j’ai signé un CDD ! » Franchement, on aurait eu du mal à fêter ça !
Dylan : C’est vrai.
Louis : Il y a eu bien eu un an ou deux de total oubli, non ?
Aristide : (à Louis) De compromission ; de corruption de l’âme ? (rires)
Dylan : (à Louis) Oui, le groupe n’était absolument plus à l’ordre du jour…
Louis : (aux autres) On ne faisait plus du tout de musique ensemble…
Dylan : J’étais en Australie [Dylan s’est formé aux pratiques commerciales et l’entreprenariat dans l’industrie musicale à l’université de Melbourne, ndlr]…
Aristide : J’étais chez « Jack » [Aristide a été assistant chef de projet, en charge de l’édition du webzine musical de CANAL+, ndlr]… Mais, quand même, on caressait doucement l’idée de se revoir… On se l’est avoué !
Louis : Oui… C’était là, quelque part, mais pas forcément accessible… Ça restait très abstrait.
Aristide : Cela dit, penser véritablement à un métier, un steady job [un emploi stable, ndlr], pour moi, c’était tout aussi flou !

La légende dit que c’est un concert au Supersonic, en 2019, qui voit naître véritablement Please…

Aristide : J’étais allé voir Dylan pour lui parler de cette idée qui ne le concernait même pas : « J’aimerais bien monter un groupe de punk. Mais ne pas être à la guitare. » Et Dylan m’a répondu : « Ah oui ? Ben, ça m’intéresse… », alors que je ne pensais pas que ça le ferait marrer aussi ; « Vas-y, viens ! » Et on en a parlé à Louis. Finalement, le groupe qu’on était déjà seulement un an auparavant s’est reformé – (rires) mais pas très naturellement, donc, presque de manière improbable ! pour revenir finalement à tous les trois alors qu’on était un groupe un an avant ! C’est avec cette formation revisitée qu’on a fait ce concert-là, au Supersonic [club parisien, ndlr] : on a joué des reprises – The Jam [groupe britannique de mod revival, ndlr], The Clash [groupe britannique de punk rock, ndlr], The Strokes [groupe d’indie rock américain, ndlr], etc. –, surtout pour les potes et profiter de la soirée. Ça nous a remis le pied à l’étrier. Et ça a même été le point de départ d’un retour plus sérieux pour tous les trois, ensemble.

L’histoire raconte aussi que ce concert n’était pas prévu, initialement…

Aristide : Notre bio’ parle d’un chanteur qui s’est désisté et qu’on a remplacé…
Dylan : (l’interrompant) Et c’est exactement ce qui s’est passé ! (rires)
Aristide : (rires) Voilà. Après tout, si on l’a dit… La vérité, c’est que le concert n’était pas prévu deux mois avant : on a entendu parler d’un plan pour monter sur scène, et on s’est glissés dans la programmation.
Dylan : C’était juste une soirée punk organisée par le Supersonic. Mais notre délire punk, c’était un prétexte pour retrouver la scène, et le frisson.

Que sont devenues Ballade nocturne, Colorado, Dirty Tale, Intro et She Tried… ?

Dylan : (m’interrompant) Non !!!
Aristide : Tu les as écoutées ? Oh là là ! (rires) C’est un cauchemar !
Dylan : Il faut que tu comprennes : on était pré-adolescents, à cette époque-là !

N’avez-vous jamais réécouté, rejoué, retravaillé certaines de vos premières compositions ?

Louis : Non, non, non…
Dylan : Non. Elles sont rangées, maintenant.
Aristide : Il y en pour lesquelles on a plus d’estime que d’autres : Intro, Colorado, Ballade nocturne, on en garde des bons souvenirs, mais She Tried, on a vraiment le seum quand on la réécoute !
Dylan : Ah ouais, c’est horrible…
Aristide : On se cherchait – et ça s’entend, d’ailleurs ! Mais, ceci dit, même si on en parle plus, si c’est le passé, elles font partie de notre parcours !
Dylan : (s’adressant à moi) Et toi, tu en as pensé quoi ? (rires)

Évidemment, c’est embryonnaire, ce n’est pas encore Please, mais ce n’est pas aussi mauvais que vous le dites. Je vous trouve très critiques envers vous-mêmes.

Aristide : Ok, ça présage du bon, mais… (rires) Le plus étonnant, c’est qu’on avait de meilleurs morceaux : quand on jouait au Supersonic – on s’appelait encore Coruscant Capsule –, on faisait une heure et demie de concert avec d’autres compos qui étaient franchement pas mal, je trouve… Et celles-là, elles sont nulle part !
Louis : Si, sur un disque dur : on avait commencé à les enregistrer…
Aristide : Oui ! On les avait maquettées !
Dylan : Genre… (Dylan plaque quelques accords à la guitare et commence à fredonner)
Louis : Down She Goes
Aristide : Et Dawn Serenade ? Celle-ci, elle était vraiment bien ! (Dylan se met à la jouer)

Pourquoi ne pas avoir repris les meilleures ?

Aristide : Parce qu’on pense sérieusement qu’il y a d’autres chansons à chercher, à travailler. On va bientôt partir en résidence, et on est particulièrement excités à l’idée d’aller à la rencontre de notre album : franchement, ce serait un peu déprimant de se dire que celui-ci est sur SoundCloud depuis huit ans ! On a encore plein de choses à dire…
Dylan : Si on fait ça maintenant…
Louis : (l’interrompant) …c’est quoi, la suite ?
Aristide : Juste pour le fun, ça me ferait marrer d’en réarranger certaines, quand même !
Dylan : Notre groupe, c’est une histoire de potes, mais c’est bien plus que ça ! Notre premier album ne se résumera pas à un ramassis de tout ce qu’il s’est passé entre nous trois, de toutes les chansons que nous avons écrites depuis qu’on se connaît !
Louis : Chansons d’amis !
Dylan : (rires) Non, on va faire mieux !

Sans reproduire ni remanier les morceaux du passé pour concevoir votre futur album, peut-être y a-t-il cependant un gimmick à reconsidérer dans l’un, un élément de mélodie à revisiter dans l’autre ?

Dylan : On a encore tous ces titres en tête – c’est notre musique : (désignant sa guitare) preuve en est que je peux les rejouer… On les a sortis un jour, et s’ils doivent sortir à nouveau, ils ressortiront.
Aristide : Carrément. D’ailleurs, tel pont de tel morceau de Coruscant Capsule, il doit forcément déjà se trouver quelque part dans notre disque : parce qu’il fait partie de l’ADN de Please.

« À la question : “Tu feras quoi, quand tu seras grand ?”, je répondais : “Je ferai de la musique avec Louis et Dylan !” Mais je ne savais pas trop par quel biais, ni comment ni quand cette idée allait se concrétiser vraiment. En tout cas, pour ma part, elle a toujours été là. »

Aristide Lacarrère

Voltaire on Rocking-Chair (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Louis Badha et Dylan Amsellem) en concert au collège Buffon de Paris (2009) © archives personnelles de Please
Voltaire on Rocking-Chair (de gauche à droite : Aristide Lacarrère et Dylan Amsellem) en 2009 © archives personnelles de Please
Coruscant Capsule (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Dylan Amsellem et Louis Badha) en 2017 © archives personnelles de Please
les singles de Coruscant Capsule : "Ballade nocturne" (2016), "Colorado" (2018), "Dirty Tale" (2016) et "Intro" (2018) © archives personnelles de Please
Coruscant Capsule (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Dylan Amsellem et Louis Badha) en 2015 © archives personnelles de Please

J’aimerais revenir à cette période « creuse », d’entre-deux années, pendant laquelle vous n’êtes plus Coruscant Capsule et pas encore réunis pour vous produire de nouveau sur scène. Car la musique reste néanmoins présente à l’esprit de chacun : Louis compose et publie l’EP De la Terre à la Lune (2018)…

Louis : (m’interrompant) Oh, mon Dieu ! C’était pour le père de ma copine, Pauline [Palisson, ndlr] : il faisait un diaporama avec ses photos et m’avait demandé d’en faire la musique… (s’adressant à moi) Tu l’as écouté ? (rires) À un moment donné – en fait, pile au moment où l’on ne faisait plus rien ensemble, tous les trois –, je m’étais remis à faire de la musique, à produire des titres sur mon iPhone et sur GarageBand [logiciel de création musicale, d’enregistrement et de mixage, développé par Apple, ndlr] que je mettais ensuite sur SoundCloud…

(À Dylan et Aristide, amusés) Voir votre batteur composer isolément, ça ne vous interpelle pas ?

Aristide : (rires) De la Terre à la Lune, c’est son pire projet !
Dylan : (rires) On a détesté…
Aristide : Honnêtement, je trouvais ça cool de voir Louis faire ses trucs, et ce qu’il nous faisait écouter, ça changeait vachement de ce qu’on faisait tous les trois. Mais est-ce que ça nous a donné alors envie de refaire de la musique ensemble ? Pas vraiment…

Au même moment, Aristide, tu travailles pour le webzine musical « Jack » pour CANAL+ ; Dylan, lui, fait des voix sur quatre titres de l’album jazz BlackRain (Urban Noisy Records, 2019) d’une certaine Lea Deman…

Dylan : (gêné mais souriant) Ah, non… C’est l’album de ma mère ! Je n’ai pas « fait des voix » pour elle : elle m’a plutôt supplié de chanter, de faire des backing vocals [chœurs, ndlr] sur ses chansons ! J’ai donc mis ma voix dessus, et il se trouve que c’est marqué dans les crédits – mais pourquoi il y a mon nom là-dessus ? J’ai trop le seum !
Aristide : (s’adressant à moi) Tu sais qu’il est super, cet interview ? (essayant de prendre mes notes) Qu’est-ce que tu as d’autres ? On peut voir ? (rires) Parce qu’après ton départ, on va aller sur Internet, passer au peigne fin tout ce qu’il y a sur nous depuis 2012, et tout supprimer ! (rires)
Louis : Toutes les casseroles !
Aristide : Tu seras le dernier témoin des temps révolus !

Lea Deman, "BlackRain" (Urban Noisy Records, 2019) © DR / Pierre Terrasson, Anne Barthes
Please, "Time To Spare" EP (2020) © DR / archives personnelles de Please
Please (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Dylan Amsellem, Gabriel Thiriez et Louis Badha) en 2020 © archives personnelles de Please

Tu m’offres une parfaite transition ! 2019-2020 est une année charnière, puisqu’elle voit l’apparition de Please, alors sous la forme d’un quatuor – avec Gabriel Thiriez à la basse –, grâce à l’enregistrement puis, annoncée par le single Of Our Own (2020), la mise en ligne du tout premier EP du groupe, Time To Spare (2020)…

Aristide : (m’interrompant) On ne peut décidément pas te la faire, à toi ! (rires)
Louis : Tu connais la vérité ! Tu devras donc être éliminé ! Tu ne sortiras pas de ce studio ! (rires)
Aristide : On a enregistré cet EP alors qu’on n’avait pas encore vraiment de velléités de ne faire que de la musique. On était tous dans la maison de campagne de Louis, où l’on avait fêté son anniversaire ; Dylan avait des morceaux – des guitares/voix –, et quelqu’un a suggéré : « Allez, on enregistre un truc ici, cet été ! » Il est là, le vrai début de Please…
Dylan : Grave ! Carrément ! Le plus kiffant, vu qu’on avait été séparés quelque temps, c’était de se retrouver vraiment tous les trois, de digger [« fouiller » des références musicales, ndlr] ensemble, et de se rendre compte que chacun de son côté avait un peu progressé. Il y avait une espèce de ré-émulation, avec une prise de conscience : tout le monde a grandi. C’était fun ! On l’a fait en dix jours ?

Mais cet EP a depuis complètement disparu des plateformes de streaming…

Louis : C’est un accident.
Dylan : Il ne répond pas.
Aristide : (aux autres) C’est notre réponse ? (rires)
Dylan : C’est LA réponse : il ne répond pas, on ne sait pas où il est.
Aristide : (s’adressant à moi) J’ai envie de te dire pourquoi… Mais la vérité ne sera pas beaucoup mieux… Et puis, il n’a pas tout à fait disparu : il existe un lien privé SoundCloud… D’ailleurs, j’ai écouté hier One Sided Love, et j’ai kiffé !

Seul le single est resté disponible…

Aristide : Ce titre-là avait tellement été streamé qu’on s’est dit : « On ne peut pas le jeter ! » Ç’aurait été se tirer une balle dans le pied !

« On a toujours voulu une prod’ léchée
au maximum,
et ça coûte
un peu d’argent.
Please, ce n’est pas
de la musique pas chère comme il en existe ailleurs. »

Dylan Amsellem

Dès lors, Please se caractérise par le contraste d’un songwriting parfaitement maîtrisé et d’une image volontairement artisanale. Pourquoi cette opposition entre les deux supports ?

Dylan : J’ai bien une réponse, mais elle n’est pas sexy…
Aristide : Je commencerais en disant que le côté « artisanal » n’est pas si voulu que ça…
Louis : (à Aristide) Ça dépend… On parle toujours de l’EP 0, Time To Spare ?
Aristide : (à Louis) Non, du tout Please. Je pense qu’on est avant tout un groupe de musique, donc on a toujours mis beaucoup de moyens d’abord dans notre musique ; après, il faut aussi faire de l’image, et on fait avec ce qu’on a. Au début, on n’avait aucune connaissance, ni skill [« compétences », ndlr] en vidéo, en quoi que ce soit dans ce domaine : on partait avec une [caméra] DV [Digital Video, ndlr], l’intention de filmer une petite histoire, et voilà !
Dylan : Le premier EP, de mémoire, on l’a fait avec entre 7 000 € et 10 000 €, et on a préféré mettre de l’argent dans le studio plutôt que dans l’image : parce qu’on peut toujours avoir de l’image cool pour pas beaucoup, tandis que la façon dont on veut produire la musique – on a toujours voulu une prod’ léchée au maximum –, ça coûte un peu d’argent. Please, ce n’est pas de la musique pas chère comme il en existe ailleurs. Il faut pouvoir se payer un studio, des instruments, du matos – ici, par exemple, il y en a plein partout, qu’on utilise tout le temps : il nous est indispensable, il fait partie de notre son ! –, etc., et tout ça coûte de la thune ! C’est une réponse très terre-à-terre à ta question, mais c’est la réalité.

Please (de gauche à droite : Aristide Lacarrère et Dylan Amsellem) © archives personnelles de Please
Please (de gauche à droite : Louis Badha et Gabriel Thiriez) © archives personnelles de Please
Please, "Of Our Own" single (2020) © DR / archives personnelles de Please

Il fut une époque où la promotion d’un album se faisait principalement par le biais de l’image et l’on investissait alors beaucoup dans le clip vidéo. Les temps et les pratiques ont changé, mais on a aujourd’hui le streaming et les réseaux sociaux…

Aristide : Il y avait aussi, surtout, un système de labels. Dans les années 1980, 1990, oui, les majors faisaient de grosses campagnes sur des groupes ou des artistes ; aujourd’hui, tout a effectivement changé : non seulement il y a beaucoup moins d’investissements sur tous les projets – quels qu’ils soient, même s’ils marchent beaucoup –, mais les clips leur coûtent plus cher que la musique. Tout a été bouleversé. Nous, on voudrait rester indépendants, même si l’on est conscients de ne pas avoir du tout les mêmes moyens que d’autres. Je pense aussi que l’on savait tous les trois qu’il fallait se différencier par la musique, dont on a une idée assez précise depuis le début, plutôt que par l’image, qui a suscité des questions, plus tard : « Qui est-on ? », « Quelle est notre direction ? », « Que faut-il exagérer de nous et donner à voir aux gens ? »

L’identité sonore, effectivement, était déjà toute trouvée, citant de grandes influences des seventies comme The Band [groupe canadien de rock, ndlr], Paul McCartney [auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste britannique, notamment ex-membre des groupes de pop-rock The Beatles et Wings, ndlr], Supertramp [groupe britannique de soft rock], et Hall & Oates [duo américain de pop-rock, composé de Daryl Hall et John Oates, ndlr] et de leurs héritiers, parmi lesquels Tame Impala [projet pop-rock psychédélique du multi-instrumentiste et producteur australien Kevin Parker, ndlr] et The Lemon Twigs [groupe américain de pop-rock, ndlr]. En quoi ces modèles et inspirations sont-ils constitutifs de votre musique et si précieux pour Please ?

Louis : Pour les voler !
Dylan : Pour les copier : choper des progressions d’accords, reprendre des mélodies, etc. C’est vachement utile !
Aristide : Quand on adore un morceau, à chaque fois qu’on l’écoute, on se dit : « On veut ça ! » Mais dans tous les cas, même en jouant avec cette ref’-là en tête, on sait pertinemment que l’on n’obtiendra pas le même résultat : parce qu’on est en 2025, parce qu’on est différents – la voix de Dylan, nos moyens de production… Donc, on est complètement décomplexés dès lors que l’on kiffe tous les trois un morceau ou seulement quelque chose dans sa composition, ses arrangements, et qu’on veut se l’approprier, on n’a pas peur de le piller ! Souvent, les gens nous disent : « Vous ressemblez à… » ou « Vous me faites penser à… », mais c’est rare qu’ils reconnaissent vraiment l’origine de ce qui nous a inspirés…

« On est complètement décomplexés dès lors que l’on kiffe tous les trois un morceau et qu’on veut se l’approprier. On n’a pas peur de piller. Ça me paraît complètement naturel : tu découvres, tu voles et tu transformes ! Dans tous les cas, même en jouant avec cette référence en tête, on sait pertinemment qu’on n’obtiendra pas le même résultat. »

Aristide Lacarrère

Dylan : Par exemple, il y a trois ans, on s’est tapé un délire sur Right Down the Line [extrait de l’album City to City (United Artists Records, 1978) de l’auteur-compositeur-interprète écossais de pop rock Gerry Rafferty, ndlr] : on l’a écoutée en boucle ! En fait, on a phasé sur les guitares… (Il chante) C’est con, c’est vraiment débile ! Mais on s’est dit : « C’est trop LA guitare ! C’est tellement la classe d’avoir la gratte qui tape juste là, sur la snare [caisse claire de la batterie, ndlr] : ça relève tout ! » Et c’est devenu une obsession – si tu réécoutes bien le dernier EP, tu verras qu’il y en a partout ! Et puis, un jour, on aura une autre lubie. On se dira : « C’est une folie, quand la basse joue sur le contretemps ! », on diggera ce truc qu’on aura trouvé dans un morceau de Yes [groupe britannique de rock progressif, ndlr] datant de 1995, et ça nous donnera des idées… Toutes ces réf’, c’est de l’essence dans le moteur ! Derrière, ce sont aussi des musiciens qui, comme nous, ont voulu expérimenter dans leur studio : ils ont été très libres, et ils ont parfois créé par accident quelque chose qu’ils ont décidé de garder. Mais qui sait si ces hasards ne proviennent pas de leurs références aussi ?
Aristide : Et Please sera une référence à son tour – peut-être ? (rires) Ça me paraît complètement naturel de piller : tu découvres, tu voles et tu transformes.
Dylan : Il y a une personne célèbre qui disait : « Les artistes volent, les génies pillent. » [« Les bons artistes copient, alors que les artistes géniaux volent. » est la citation exacte du peintre et sculpteur espagnol Pablo Picasso, qui reprenait les mots de l’écrivain, dramaturge et poète irlandais Oscar Wilde : « Le talent emprunte. Le génie vole ! », qui remaniait déjà la pensée du poète, dramaturge et critique littéraire américain T. S. Eliot : « Les poètes immatures imitent ; les poètes matures volent ; les mauvais poètes défigurent ce qu’ils prennent, et les bons poètes en font quelque chose de meilleur, ou du moins quelque chose de différent. » (extrait de The Sacred Wood: Essays on Poetry and Criticism, Methuen & Co., 1920), ndlr]
Aristide : Ça me chatouille depuis le début ! Mais je me suis ravisé : « Non, je ne vais pas le dire : ça fait trop citation Facebook ! » (rires)

Tame Impala, "Lonerism" © DR / Kevin Parker, Leif Podhajsky
Supertramp, "Breakfast in America" (A&M Records, 1979) © DR / Mike Doud, Mick Haggerty, Aaron Rapoport
Daryl Hall & John Oates, "Bigger Than Both of Us" (RCA Victor, 1976) © DR / Ron Barry, Gribbitt!, Daryl Hall
Gerry Rafferty, "City to City" (United Artists Records, 1978) © DR / John Patrick Byrne
The Lemon Twigs, "Songs for the General Public" (4AD, 2020) © DR / Michael D'Addario, Alison Fielding, Michael Hili

Quand l’EP éponyme du groupe est sorti au printemps 2023, le quatuor avait perdu l’un de ses membres…

Louis : (m’interrompant) RIP. (rires)
Dylan : On ne peut pas en parler…
Aristide : On est victimes d’une « malédiction ».

photomontage de Please © archives personnelles Please

Aristide : L’histoire du groupe s’est écrite avec plusieurs bassistes, qui sont tous partis faire un métier qui n’a clairement rien à voir avec la musique : celui dont tu parles [Gabriel Thiriez, ndlr] est aujourd’hui chirurgien, celui d’avant encore s’est engagé dans l’armée et parti en OPEX [opérations extérieures, ndlr] je ne sais où… Pour chacun de nos bassistes, Please n’a été qu’une étape dans leur parcours…
Dylan : Pourtant, au départ, quand on a monté le groupe, on était quatre…
Aristide : (l’interrompant) Premier concert ever : on était trois ! Après, on s’est dit : « Il nous faut un bassiste », donc ça a bougé.
Dylan : On a même été cinq, à un moment donné…
Aristide : Mais, d’ailleurs, aujourd’hui, quand on joue live, on est cinq, avec Rémi [Klein, claviériste pour Please, membre du groupe français jazz funk-rock LORD$, ndlr] et Andreas [Salon, bassiste pour Please, auteur-compositeur-interprète et producteur, ndlr]. Et cette formation donne une version assez complète et pas du tout dénaturée du groupe parce qu’ils ne sont pas seulement des musiciens venus faire des arrangements : ils nous permettent d’interpréter nos morceaux tels qu’ils devraient être joués.
Dylan : Ceci dit, si on voulait vraiment retranscrire le record très précisément, il faudrait plutôt qu’on soit sept ou huit sur scène !

Ces deux instrumentistes pourraient-ils faire partie de l’album à paraître, en tant que musiciens additionnels ?

Aristide : Ouais, carrément ! Ils font à moitié partie du groupe aujourd’hui !
Dylan : Franchement, ils sont un peu toujours avec nous : non seulement on joue ensemble, mais on partage ce studio avec Andreas, et Rémi y vient tout le temps… C’est un peu le Please Extended Universe ! (rires) L’album va être beaucoup travaillé ici, et ils vont passer. Et comme on n’est pas protectionnistes de notre musique, il y a de fortes chances pour qu’il y ait quelques échanges d’idées…
Aristide : On va quand même d’abord penser cet album à trois. C’est important. Parce que c’est déjà beaucoup, trois : avant de pouvoir ouvrir la porte aux autres, il faudra qu’on se mette tous d’accord, qu’on soit dans une cohésion parfaite.

Rémi Klein © Alexi Bouygues
Andreas Salon © archives personnelles d'Andreas Salon

Please confirmait votre talent et vous conférait une place spéciale dans le paysage du soft-rock français. Goûtiez-vous enfin à une certaine reconnaissance ?

Aristide : Oui et non. En réalité – cf le début de l’interview ! –, 2024 est la première année où l’on a senti, un peu, une force de traction – on n’était plus les seuls à fournir des efforts – : c’est-à-dire que jusqu’en 2023, tout ce qu’on a fait, c’est vraiment le fruit de nos bras.
Dylan : On s’est fait chier ! Tout ce qu’on a eu…
Louis : (l’interrompant) …on l’a mérité !
Aristide : On l’a pris ! Même quand il fallait faire semblant que ça marche, se gonfler, se montrer, et finalement prouver que ça prenait, on l’a fait ! C’est seulement maintenant qu’on ressent ce petit vent favorable qui commence à souffler de plus en plus fort…

Ce qui m’interroge, c’est que sept mois plus tard, vous offrez une version dite Deluxe à cet EP…

Dylan : (m’interrompant) Sept mois ? C’est lame [« foireux », ndlr] !
Aristide : Pour faire n’importe quoi, en plus ! Et on la lui a offerte alors qu’il n’a pas été sage ! (rires)
Dylan : « Mais qu’est-ce que vous avez fait, les gars ? Vous avez déconné ! » (rires)

Vous le gratifiez donc de cinq titres supplémentaires, et en définitive d’une autre tonalité – grâce à un duo (avec Anna Majidson, autrice-compositrice-interprète franco-américaine de neo soul), un remix (par koboi, duo de compositeurs français de musique électronique), une reprise insoupçonnable, et deux inédits, dont un aux sonorités electro-disco… Mon questionnement est le suivant : pourquoi ces ajouts, si vite ?

Louis : (aux autres) Et ce sont de bonnes questions, depuis le début, hein ?
Aristide : (s’adressant à moi) En fait, j’ai envie d’être honnête avec toi : on nous a expliqué qu’il « fallait faire vivre l’EP », alors on a pris tout ce qu’on avait autour de nous à ce moment-là. Il n’y avait soudain plus aucune ligne éditoriale du projet.
Dylan : Ouais, c’était plutôt : « Ça, c’est bien… Vas-y, on prend ! »
Aristide : « Et si on mettait la maquette de ce morceau ? », « On a l’enregistrement d’Anna ? » – elle était venue chanter Kind of Morning avec nous à la Boule Noire, et on adore ce duo…
Dylan : Il est trop beau !
Aristide : « Et la cover d’Elvis [le single I’m Leaving (1971, RCA Records), ndlr], vous en pensez quoi ? » – au départ, c’était juste une petite vidéo trop cool sur Insta’ qui avait eu un certain succès : on a pris la peine de rajouter une petite basse là-dessus, et l’écoutera qui en a envie ! Bref, je pense qu’il ne faut pas prendre trop au sérieux les choix de cette Deluxe Edition…
Dylan : Il « fallait » faire quelque chose…

Anna Majidson © Céline Bischoff

Pour autant, puisque c’est très hétéroclite, on a le sentiment qu’un changement s’opère : en ajoutant des couleurs à votre palette, vous semblez redessiner les contours du projet, sans trop le défigurer…

Dylan : Parce que tout ce qu’on a mis dedans, ce sont quand même nos délires. La reprise d’Elvis, par exemple, c’était un moment trop, trop bien, qu’on a partagé tous ensemble, en vacances avec des potes : on a trippé à déplacer un piano dans un champ, et on a adoré le jouer là ! Tascam, c’est le titre avec lequel on finit nos live depuis super longtemps : pareil, on a kiffé le faire, et on le retravaille tout le temps.
Louis : D’ailleurs, c’est un remix de Tascam-388, qui est lui-même une outro [conclusion d’un morceau de musique, en opposition à une « intro », ndlr] de Show Some Love – tous les deux sur Time To Spare.
Dylan : C’est juste le fait de mettre tous ces morceaux au même endroit qui est un peu chelou : ça, j’en conviens.
Aristide : Le pot-pourri… (rires)
Dylan : Et puis, si on ne les avait pas mis là, peut-être qu’on ne les aurait jamais sortis ? Donc, aucun regret ! Je pense qu’on est fiers de tout.
Aristide : Oui, on n’en a pas honte… Tu parles de « changement » de direction, mais, en réalité, les soi-disant inédits, Tascam et More Than a Friend, sont chronologiquement antérieurs à certains morceaux de l’EP original, donc ça ne colle pas : on n’a pas vraiment changé de cap au moment de la Deluxe, mais plutôt pendant l’élaboration de Flashlight. Quand on est partis composer cet EP, en résidence dans la maison de Louis – toujours celle-là –, pendant dix jours, on est arrivés là-bas avec une méchante intention d’enrichir et…
Louis : (l’interrompant) …de bouleverser…
Aristide : …voire de casser un peu la gueule, même, à tout ce qu’on avait fait auparavant.

L’on aurait pourtant pu croire à ce renouveau sur Please aussi parce que Dylan avait participé à d’autres projets : des créations pour l’agence de musique à l’image LaPlage avec les frères Lipszyc [Sébastien et Emmanuel, compositeurs et producteurs, ndlr], et le premier album de Kids Return [duo français de pop-rock, ndlr], Forever Melodies (Forever Melodies / Ekleroshock Records / Hamburger Records, 2022)

Aristide : En fait, on travaille sur plein d’autres choses que Please – (à Dylan) surtout toi !

Et le fait de seconder ou de s’associer à d’autres artistes n’aurait-il pas pu ouvrir le groupe à d’autres envies ?

Dylan : Si, totalement ! Mais, je pense que les projets que tu as cités depuis le début de cet entretien, bizarrement, ne sont pas forcément ceux où l’on a eu l’impression de collaborer tous les trois – ou seulement dans une certaine mesure, surtout depuis qu’on a ce studio, parce que c’est un lieu où l’on a matérialisé notre musique, notre façon de faire, en quelque sorte. Et donc, c’est vrai, c’est kiffant quand des gens qui ont aimé notre musique viennent avec l’envie d’avoir notre vibe sur leur démo, leur disque, ou dans leur songwriting : on prend grave du plaisir à partager. Est-ce que ça nourrit notre univers ? Je ne sais pas.
Aristide : C’est un phénomène connu : quand on se plonge dans un autre univers, on se retrouve forcément à l’absorber par capillarité. Pour autant, en réaction, on a envie d’aller radicalement à l’opposé de ce que l’on peut faire pour les autres avec Please : le projet, c’est notre terrain de jeu et c’est là où il faut se distinguer, être le plus possible soi-même. Donc on évite assez naturellement de piocher un peu n’importe où : je ne pense pas qu’on se nourrisse de la becquée qui vient au studio.
Dylan : Les gens qui viennent vers nous veulent plus de nous que nous d’eux…
Aristide : Avec tout le respect qu’on a pour eux, hein ! Mais je suis complètement d’accord avec Dylan : ils viennent avant tout bosser avec nous parce que l’on va chercher des références qu’ils n’ont pas personnellement… C’est carrément notre force !
Dylan : On dirait qu’on a monté une agence ! (rires)
Aristide : « Oui, voilà, quand les clients viennent au studio, ils s’attendent à un certain standing de prestation… » Non, mais, sérieusement, il y a tellement de gens qui font de la musique que si on commençait à faire les éponges, notre projet n’aurait plus aucun intérêt ! Si les gens aiment Please aujourd’hui, c’est justement parce qu’on est intransigeants, presque nerds dans notre domaine…
Dylan : On est assez têtus, assez pointus dans ce qu’on kiffe – ce n’est pas tous les jours qu’un morceau nous touche vraiment ! D’ailleurs, la sensibilité de l’un de nous trois ne se généralise pas, ne s’étend pas forcément au reste du groupe – par exemple, Aristide adore Jazambo [extrait de l’album de latin jazz An Evening In Luzon (NRD Records, 1985) du compositeur et percussionniste américain Nerío DeGracia, ndlr], et je ne comprends pas pourquoi : c’est inécoutable ! (rires) Bref, Please est notre dénominateur commun à tous les trois : il est très grand, mais il n’est pas total non plus. C’est-à-dire que quand quelqu’un arrive dans le studio et bosse avec nous, on peut évidemment apprécier la rencontre, mais dans un coin de notre tête, on sait que notre projet ne s’en nourrira pas. Notre modèle, c’est Kevin Parker – on est fans de Tame Impala depuis la troisième – et sa façon de faire de la zic : ce mec n’a jamais fait de concessions ! Et pourtant, tout le monde est venu le voir ; il a collaboré avec un tas d’artistes, s’est même parfois complètement éloigné de sa DA, mais il ne se laisse pas influencer : il garde son identité propre, et quand il sort un disque, c’est du Tame Impala ! Il cloisonne ? On cloisonne.

LaPlage, "French Touch Legacy" © DR / Kaptain Music
Kids Return, "Forever Melodies" (Forever Melodies / Ekleroshock Records / Hamburger Records, 2022) © DR / Apollo Thomas
Kevin Parker © Matt Sav

J’insiste : vous étiez avides de nouveautés… C’est encore à cette époque qu’Aristide se tournait déjà vers l’image, en faisant l’acteur dans Morts à 16 ans (2021), un court métrage signé par votre premier clippeur, Tara-Jay Bangalter [réalisateur, chef opérateur et acteur français, ndlr]…

Aristide : Oh là ! Elle est là, la vraie casserole ! (s’adressant à moi) Mais ça, tu ne l’as pas vu ? Parce que moi non plus ! (rires) Et ça se résume simplement à ma rencontre fortuite avec Tara-Jay qui réalisait son premier court métrage, entouré d’amis communs, et qui avait besoin d’un acteur avec mon profil. Ce fut ma seule expérience d’acting !

Depuis, tu as été monteur pour le clip de Loving Soft [réalisé par Luca Lellouche en 2022, ndlr], et tu as récemment mis en scène les deux dernières vidéos du groupe, Flashlight (Harvest Mood, 2024) et Never Really Wanna Change (2024). Tiendrais-tu un autre rôle pour Please ?

Aristide : Oui, pour Please, et pour d’autres, maintenant. J’ai commencé à ouvrir l’agence (rires) : on a élargi notre éventail de services !
Dylan : (à Aristide) Tu t’es diversifié.

Please (de gauche à droite : Louis Badha, Dylan Amsellem et Aristide Lacarrère) © Karla Vinter-Koch

Aristide : C’est quelque chose qui me tentait depuis longtemps – à l’époque de jack, déjà, j’aurais aimé faire un peu d’image, de création dans ce registre. Please m’a donné l’occasion de le faire. Il n’y a pas eu que Loving Soft, au début : toutes les petites vidéos postées, c’était du travail de montage ; et j’ai acquis un peu d’expérience. Le tournage de Flashlight, il y a un an, c’était exceptionnel ! On parlait de déconne, tout à l’heure : là, c’était vraiment…
Dylan : (l’interrompant) …peak time [« le meilleur moment », ndlr] !
Aristide : Ouais, le pinacle ! Du grand Please ! Bref, tout ça pour dire que je suis très, très content de toucher aussi au visuel – la musique reste mon activité principale –, et d’être amené à bosser sur d’autres projets – enfin, pas encore à la réalisation : chaque chose en son temps…

Please (de gauche à droite : Louis Badha, Dylan Amsellem et Aristide Lacarrère) à Londres (2022) © archives personnelles de Please

Please entretient un lien étroit avec beaucoup de personnes qui travaillent pour l’image – je pense notamment à la photographe et réalisatrice Alice Moitié, qui avait signé le clip de It’s Only A Band

Aristide : C’est ma copine… Mais à part cette fois-là, pour notre clip, elle regarde de loin ce qu’on fait – elle n’agit pas du tout en tant que consultante ! Néanmoins, le fait d’être à ses côtés, d’avoir sa vision sur notre travail, ça nous aide carrément. Mais la plupart du temps, l’amélioration vient de nous : on crée quelque chose, on le kiffe trop, et deux semaines après, on ne le kiffe plus, et on cherche à faire mieux. Tout simplement.

Alors, puisque Dylan et Aristide sont, d’une certaine manière, rattachés à l’image, et que Louis est un grand fan de bandes originales de films, Please serait-il enclin à composer pour un long métrage ?

Dylan : Est-ce que ça pourrait nous brancher ? Si on te dit non, on est des menteurs ! Évidemment ! C’est vraiment un de nos rêves !
Aristide : Surtout si c’est Tara-Jay Bangalter qui réalise le film ! Mais bon, dans la chronologie du groupe, j’aimerais bien qu’on fasse un premier album avant de composer une BO !

Please (Aristide Lacarrère, en haut, Louis Badha et Dylan Amsellem, de gauche à droite en bas) et le directeur de la photographie Ulysse Gilbert Castel (tout à droite) sur le tournage du clip de "It’s Only A Band" (2023), réalisé par Alice Moitié © archives personnelles de Please
Please (Louis Badha, à gauche, Aristide Lacarrère, à droite, et Dylan Amsellem, en bas), le directeur de la photographie Ulysse Gilbert Castel et la réalisatrice Alice Moitié (au centre) sur le tournage du clip de "It’s Only A Band" (2023) © archives personnelles de Please

Revenons donc à ce dernier EP, Flashlight, possible amorce de transition avec votre album… Si le paradoxe ou l’ambiguïté de l’identité du groupe reste entier/e ; si la partition reste la même sur la majorité des titres – Flashlight est un disque contradictoire, combinant une musique enjouée et des paroles désenchantées, avec des nuances désormais plus sombres de mélancolie, d’anxiété, d’inquiétude –, je ne peux m’empêcher de constater que nombre de variations s’appliquent : Never Really Wanna Change, part II fait soudain écho à Tascam ; vous êtes aux manettes, maîtres de chacune de vos décisions, et vous confiez pourtant la réalisation de l’EP à Max Baby [auteur-compositeur-interprète, multi-instrumentiste et producteur français, ndlr] ; fini les clips « made in Normandie » au profit de vidéos plus sombres, soulignant la profondeur des textes, plus intérieurs et donc plus difficiles à appréhender…

Dylan : Tu as raison. Je crois qu’il y a eu un vrai changement.
Aristide : Une évolution.
Dylan : Ouais. Ce n’est pas un changement de direction. En réalité, on a enfin réussi à rendre compréhensible l’idée de vouloir mélanger plein de genres, mettre ensemble tous les trucs qu’on aime. On a toujours essayé et on les a peut-être juste juxtaposés : d’un morceau à un autre, ou dans une Deluxe Edition un peu foireuse (rires), mais on n’est jamais parvenus à faire des morceaux dans lesquels il y avait vraiment un peu de tout dedans.

« Avec Flashlight, c’est la première fois qu’on a cette synthèse de toutes les réf’ qu’on aime, rassemblées, mélangées, dans le seul but de créer quelque chose
d’assez original.
On commence à toucher, à entendre
le son de Please… »

Aristide Lacarrère

C’est le reproche que vous faisiez à votre premier EP, jugé trop disparate…

Aristide : On a beaucoup souffert à l’époque du premier EP…
Louis : (l’interrompant) « On a beaucoup souffert du premier EP », point ! (rires)
Aristide : Ça a été dur d’entendre les média, les pros, même les gens qui nous écoutent, nous dire : « Je ne sais pas… Est-ce que le rock, c’est encore… ? » Ils ne percevaient pas ce qui était évident pour nous sur le disque, et plus encore sur scène.
Dylan : Pourtant, ces morceaux, on les kiffe : on aime les avoir composés de cette façon.
Aristide : On l’adore, ce premier EP !
Dylan : Mais c’est vraiment un échec de production. S’il y a des trucs réussis, on sent que ça se cherche trop dans l’ensemble, qu’on n’est pas allés au bout du son hybride qu’on veut faire avec Please. Il faut que chaque auditeur de Please puisse se dire : « Oh, il y a clairement une vibe Hall & Oates, mais, en même temps, ça sonne comme le dernier disque de Justice ! » On veut que toute la culture de la pop des seventies et au-delà soient marquée au mercurochrome, qu’on ressente le songwriting de ces années-là, qu’il persiste, mais, d’un point de vue sonique, on veut que ce soit de toutes les couleurs, façon Disneyland ou Hollywood, que ce soit énorme, puissant – surtout pas feutré. Voilà, on a envie que ce soit très intense dans le son, et que l’on comprenne leurs origines dans nos chansons.
Aristide : Le son ne doit pas être connoté pour autant – il ne faudrait pas qu’on puisse se dire immédiatement au son d’une snare : « Je sais qu’ils ont écouté The Alessi Brothers [duo américain de pop-rock, ndlr] ! » Et avec le morceau Flashlight, c’est la première fois que l’on a cette synthèse de toutes les réf’ qu’on aime, rassemblées, mélangées, dans le seul but de créer quelque chose d’assez original. On commence à toucher, à entendre un peu plus le son de Please.

Êtes-vous passés préalablement par un travail de réflexion, sans même les instruments en main ?

Dylan : Non… On est juste partis à la recherche du matos qu’on n’avait pas encore utilisé : des synthés des années 1990, des pédales des années 2000, et d’autres vieilles machines… Ça fait partie de notre process : trouver des instruments, des accessoires vraiment plus vieux et les combiner à notre matos de tous les jours, c’est-à-dire mélanger les époques, les genres, les styles. Au sein d’une même cellule créative, on peut avoir une pédale généralement destinée au metal, un instrument typique de la French Touch, les mettre dans notre musique, tout en conservant le Wurlitzer parce qu’il est justement ce piano électrique qui sonne comme dans tous les disques de Supertramp… Quand on fait de la musique, on essaie de fusionner les objets que l’on a sous la main et de créer avec – ça nous donne des idées toutes vachement différentes – : le résultat, c’est moitié le matos et moitié nous. Et ç’a été hyper plaisant de se dire qu’on avait touché du doigt le twist que l’on cherchait dans notre son.
Aristide : Je pense qu’on avait pris le problème à l’envers, en se disant : « Il faut enregistrer avec ce micro-là ! » pour essayer d’être au plus près de ce qu’on kiffait dans le son des seventies. En fait, quoi que l’on fasse, ce sera Please. Je suis sûr que l’on peut même aller très, très loin – utiliser un plug-in [audio, module d’extension relatif au son, ndlr] de jungle [style de musique électronique influencée par le reggae et le hip-hop, avec une rythmique rapide et complexe, ndlr], par exemple ! –, nos choix, même les plus infimes, vont toujours faire que ça sonnera, ça sera Please – peut-être même plus que cela ne l’a jamais été !
Dylan : On a fait des titres, pour d’autres gens, qui ne nous ressemblaient pas du tout ; de notre côté, on pensait : « Waouh, on est quand même partis loin, là ! C’est vachement différent de ce qu’on fait ! », mais ils écoutaient et nous disaient : « C’est marrant, c’est hyper Please ! » « Mais, mec, t’es un ouf ou quoi ? » C’est juste que notre vibe, elle est partout dans tout ce qu’on fait, quoi qu’on utilise. Donc, petit à petit, on s’est un peu libérés de nos réf’, en se faisant confiance : « Il y a juste à faire ; et ce qu’on va faire, ça va être nous. » Pas besoin de coller à nos grands dieux – Fleetwood Mac [groupe britannique de pop-rock, ndlr] et Supertramp – pour être adoubés !

Dans ce cas, pourquoi avoir laissé la console à Max Baby pour la production de l’EP ?

Aristide : Pour plusieurs raisons – allez, trois. La première, c’est que l’on recherchait un son vraiment plus fat, et il a du savoir-faire : il a passé beaucoup de temps sur ses machines, ses boutons, ses micros, pour ça. La deuxième, c’est que l’on voulait un peu de sa crazyness – Max est sans limite dans son approche du son, et c’est aussi quelqu’un capable de faire sauter les verrous –, histoire de nous libérer, de nous désinhiber ; parce que, même si on est entrés dans son studio avec une intention –c’est-à-dire que l’on avait déjà commencé à enlever nos chaînes et à trouver notre son pendant notre résidence –, il nous manquait vraiment une dernière explosion de dynamite sur nos doutes ! Et il a plutôt réussi son coup ! On a kiffé travailler avec lui…

(l’interrompant) A-t-il concrètement apporté des idées neuves après votre travail en amont ?

Aristide : Plein de choses !
Louis : Des arrangements, sortis de son chapeau de rocker…
Aristide : Mais pas partout ni tout le temps, et pas sur un morceau plus qu’un autre : juste ici et là, dans tout le projet.
Dylan : Avant d’arriver dans son studio, on avait taffé des maquettes : on y a mis toutes nos idées, absolument tout ce qu’on avait en tête sur chaque morceau. Et lui, quand il les a écoutées, il a fait : « Wouah, les gars ! Il y a trop de choses ! » On s’en doutait un peu, mais ce n’était pas si grave puisqu’on savait qu’il allait corriger le tir : « Ça, ça ne sert à rien : si on l’enlève, ce sera beaucoup plus lisible ! Ouais, il faut virer le deuxième double-kick dans ton pattern de drums, et là, ça va groover ! On va le réenregistrer comme ça, et ça va tuer ! » Presque 95% des arrangements figurant dans l’EP viennent de nos maquettes, pleines de matières brutes, mais c’est bien Max qui les a mis en valeur. Le plus gros taf qu’il ait fait – (à Aristide) et c’est peut-être la troisième raison dont tu n’avais pas encore parlé ?… –, c’est ce travail de réalisation dans le détail, point par point, chirurgical. On a eu tout un temps dédié à la précision d’un orfèvre : on s’est vraiment donné du mal jusqu’au bout pour que le disque soit une bijouterie, le plus « parfait » possible.

En éliminant les dernières imperfections, Max Baby a poli le diamant…

Dylan : Exactement !
Aristide : Dans la lumière de l’échec de Please, on voulait à tout prix quelque chose d’irréductible dans la prod’ de ce nouvel EP. Pour le premier, on avait fait des choix plutôt douteux dans ce sens : ce côté maximaliste, un peu gratos ; on y ressent même notre peur à tous les trois : « Euh, à ce moment, il faut que ça pète ! Ici, que ça groove ! Là, que ça rush ! Ok, bon, ben, tambourin ! Tambourin ! Il faut un deuxième tambourin ! » (rires) Flashlight, donc, c’est l’EP de la prise de confiance, l’EP de la maturité (rires).

À votre arrivée en studio avec Max Baby, aviez-vous d’autres envies, d’autres titres que vous auriez laissés de côté par souci d’harmonie ?

Aristide : Non.
Dylan : Si ! Dans les démos qu’on lui a fait écouter, il y avait huit morceaux.
Aristide : Ah ouais ? J’ai le souvenir qu’on avait déjà la tracklist…
Louis : On avait seulement choisi les morceaux. Et on savait qu’il y en avait quatre un peu plus « adultes » que les autres.
Aristide : Et le cinquième – …part II –, on l’a conçu avec lui.
Dylan : On n’avait pas du tout eu l’idée de le faire, mais il s’est passé un truc, en un soir ; et on l’a totalement tripée chez lui, de A à Z.
Aristide : Et comme toi, on a fait le parallèle avec Tascam, mais ce n’était pas voulu. C’est juste rigolo de les comparer sur deux EP différents, mais ça ne va pas plus loin.

Fleetwood Mac (de gauche à droite : Lindsey Buckingham, Christine McVie, Mick Fleetwood, Stevie Nicks et John McVie) en 1977 © Herbert Worthington
Supertramp (de gauche à droite : Rick Davies, Dougie Thomson, John Helliwell, Roger Hodgson et Bob Siebenberg) en 1975 © Michael Ochs Archives
« 95% des arrangements viennent de nos maquettes, pleines de matières brutes, mais c’est bien Max Baby qui les a mis en valeur : c’est un travail de réalisation dans le détail. On a eu tout un temps dédié à la précision d’un orfèvre : on s’est donné du mal jusqu’au bout pour que le disque soit une bijouterie – le plus "parfait" possible. »

Dylan Amsellem

Max Baby © Julia Poncin
Please (de gauche à droite : Dylan Amsellem, Louis Badha et Aristide Lacarrère) en 2024 © archives personnelles de Please

Une fois encore, cela va-t-il être une nécessité de vous retrouver seulement tous les trois pour travailler l’album à venir ?

Dylan : Se retrouver tous les trois est une étape indispensable. Et pas forcément à Paris, parce que l’on y est accaparés par plein de trucs – on a envie de faire mille choses en même temps – et de monde… John Mayer [auteur-compositeur-interprète et producteur américain, ndlr], je crois, a dit : « Le dîner de 20h00, c’est le pire ennemi de la créativité. » Ça résume bien l’idée : on démarre une session à 11h00, tranquilles, on discute, on joue, et si ça se trouve, sur les coups de 18h00, on aura une bête d’idée qu’on enregistrera vers 19h00 ; il reste encore un bridge à trouver pour terminer le morceau quand un gars du studio annonce : « Oh, sorry. I have a dinner at 8 », et il se casse ; il vient de planter toute la journée ! Si on part tous les trois, justement, c’est pour n’avoir aucune distraction possible, et pouvoir faire les choses de la manière la plus légère possible.
Louis : D’ailleurs, on ne sera plus disponibles.
Dylan : Oui, pendant un mois.
Louis : Plutôt un an, deux ans… par morceau ! (rires)

Partez-vous en résidence avec quelques ébauches, des éléments de travail ?

Louis : Cette fois, ouais.
Dylan : Pas tant que ça… Évidemment, tout le monde vient avec des keutrus, mais, franchement, pas grand-chose.

Sans le syndrome de la page blanche non plus ?

Aristide : Non.
Dylan : Mais si, bien sûr ! Moi, à mort ! Mais, bon, en même temps, si on a cette peur maintenant alors qu’on a fait que deux EP – c’est-à-dire seulement deux fois 15 à 17 minutes ! –, on peut rentrer chez nous !
Aristide : Voilà pourquoi ce n’est pas angoissant, d’après moi : il n’y a aucune raison à concevoir la fin de l’histoire – et puis, ce serait tellement « bidesque » !

Please (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Louis Badha et Dylan Amsellem) en 2024 © Théo Rodien

Comment envisagez-vous d’organiser l’harmonie, la cohérence des titres qui composeront l’album ?

Dylan : Une fois de plus, nos réf’ sont très importantes : tout ce qu’on écoute en ce moment et tout ce qu’on va écouter pendant un mois va forger un état d’esprit, et ce qui en découlera. Le matos que l’on va prendre avec nous, aussi, va donner une même couleur aux morceaux. Il y a aussi cette ressource, qui n’est pas musicale : la volonté de faire quelque chose. Cette période d’un mois, c’est d’abord pour échanger, partager des coups de cœur entre nous, pour avoir de vrais moments de réflexion, une phase pendant laquelle on brasse toutes les idées – un gros brainstorming dont il faut sortir avec des chansons –, et pouvoir se dire enfin : « Ah ! Il faut que l’album sonne comme ça ! » Et si on enregistre vingt-cinq maquettes, on prendra les dix meilleures, celles qui ont un même dénominateur commun.

Please (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Louis Badha et Dylan Amsellem) en 2023 © Aristide Lacarrère

Qu’advient-il de la direction artistique prise récemment pour l’EP Flashlight ?

Aristide : Elle sera présente.
Dylan : C’est sûr ! Dans cet EP, il y avait déjà des petits plaisirs qu’on pointait du doigt : on a évidemment surtout envie d’appuyer là-dessus…
Aristide : C’est marrant, parce que, alors qu’on ne parle jamais de cette résidence, j’ai l’impression que tout est très clair pour nous : ce qu’on va garder de Flashlight, quelle direction on voudrait prendre… On commence à se connaître : on sait par quoi on va commencer quand on va arriver. Peut-être que ça a l’air d’un saut dans le vide, mais ce n’en est pas tant un pour nous trois…

On parlait d’une cohésion musicale, mais quid d’une unité avec votre univers, avec le projet dans sa globalité ?

Louis : J’ai envie de ne pas me poser la question avant longtemps. Parce que je suis certain, par exemple, qu’on ne va pas sortir un disque de reggae. (sourire) Cela dit, si on fait complètement autre chose et que ça tue, qu’on est trop contents de nous, du résultat, qui sait ? Non, cet album sera forcément un descendant de tout ce que nous avons créé avant.
Aristide : Ouais, même indirectement, ou même s’il naît en réaction contre nos disques précédents. En tout cas, il ne faut pas avoir peur : au vu de la trajectoire, on est de plus en plus cohérents ! On saura faire les bons choix, j’en suis sûr !

Et réfléchissez-vous déjà…

Dylan : (m’interrompant) Au marketing ? À la promo’ ?

Précisément : aux différents moyens et médias qui porteront ensuite votre projet ?

Dylan : Sans musique, c’est compliqué ! Il va falloir attendre d’avoir un peu de matière musicale… Mais je mets ma main à couper que l’on va revenir avec des idées de clip, de mise en scène : parce qu’il y a tout un imaginaire qui se construit…
Aristide : L’EP Please n’a pas eu le droit à un temps de création à proprement parler : parce qu’on l’a fabriqué en plusieurs étapes – single après single – et qu’on était toujours en retard sur cet aspect – on se demandait encore : « Qui on est ? À quoi on ressemble ? » Forcément, ç’a été plus dur de faire suivre l’image. Pour l’EP Flashlight, c’était beaucoup plus clair : chez Louis, l’atmosphère du morceau-titre nous avait déjà poussés à imaginer la vidéo. On peut donc penser que ce sera encore plus simple pour l’album…

Aristide Lacarrère lors du tournage du clip de "Flashlight" (Harvest Mood, 2024) qu'il a lui-même réalisé © archives personnelles de Please

Comment parvenez-vous à conserver cette facette DIY quand les majors ne cessent d’assurer que les maisons de disques ont un rôle déterminant à jouer dans la production de musique enregistrée ?

Aristide : Parce qu’on est indépendants. Par conséquent, on fait tout nous-mêmes.
Dylan : On n’a aucun lien avec les majors.

Personne ne vous a-t-il encore approchés, ou refusez-vous tous les contrats qui s’offrent à vous ?

Dylan : On a eu des propositions pour signer en label : non seulement c’était un peu trop tôt, mais ça ne nous branchait pas trop de le faire rapidement. Et maintenant qu’on commence à être structurés dans un mode indé’, je pense qu’il faudrait vraiment que ce soit une bête d’opportunité, que ça ait du sens, pour qu’on y soit favorables. Pour l’instant, on n’a pas trop de raison d’aller chercher un truc plus fat [« lucratif », ndlr] ou je-ne-sais-quoi – à part avoir plus d’argent pour faire plus de clips qui coûtent cher ! Mais, au fond, rester indépendant, c’est quand même un luxe énorme ! Ok, quand on veut sortir un vinyle, c’est toujours un peu chiant parce que l’on est trop souvent dans les doss – « C’est quoi, le délai, pour le pressage ? » –, mais il n’y aura personne pour nous en empêcher : si on en a envie et qu’on en a les moyens, on le fait ! Il y a aussi tout un environnement de « partenaires » qui s’est construit autour de nous – d’où l’idée de « structure » – et qui nous aide à concrétiser nos projets. À deux ou trois choses près, l’album va donc pouvoir se faire dans de bonnes conditions… Mais on n’aura peut-être pas de cachet si on part en promo’ à Lille, par exemple : le revers de la médaille est parfois douloureux parce qu’on ne récupère jamais tout ce qu’on a misé. Pour autant, artistiquement, même dans tes choix stratégiques, c’est bien d’être alertes sur tout ce qui se passe dans l’industrie : depuis trois ans, on se forme un peu malgré nous – on aurait préféré ne pas avoir à le faire – à comprendre comment fonctionne un projet en développement…

Êtes-vous conseillés par ailleurs ?

Aristide : Oui, maintenant, on a des éditeurs et managers. Mais ça fait trois ans que l’on nage avec le courant contre nous, que l’on porte le projet à bout de bras. C’est devenu une force. J’en veux pour preuve que le projet est de plus en plus solide, que nos compos sont toujours meilleures, et que l’on est même devenus « admin image » en ayant désormais la main sur les clips, les visuels… C’est puissant et c’est cool de n’être assujettis à rien, de n’avoir aucun compte à rendre à personne !
Dylan : Grave ! Et si on se projette, on peut imaginer qu’à un moment donné on sera capables de développer plein d’autres projets – qui sait, Please pourrait être un label, demain : on sait comment se structurer, on a un studio, des contacts dans l’image… Ça pourrait nous faire kiffer, dans le futur ! En tout cas, c’était important de ne pas être ignorants sur tous ces aspects-là de l’industrie musicale. Mais si, un jour, un bête de label nous tente : « Sign right here… Huge superstars… », peut-être qu’on finira par aller signer un pacte faustien…
Aristide : On n’y est pas radicalement opposés, en vérité…

Please  (de gauche à droite : Louis Badha, Aristide Lacarrère et Dylan Amsellem) en studio (2023) © archives personnelles de Please

Dylan : Disons que notre façon de faire vivre le projet, c’est plutôt fun… Honnêtement, on ne regrettera jamais de s’être emmerdés à faire des subs [remplacements de musiciens, ndlr]…
Louis : (l’interrompant) Euh, si, ça, clairement !
Aristide : Non, même pas : c’était une expérience !
Louis : D’avoir fait La Boule Noire en totale indé’ – le visuel, la billetterie, le merch’… – : ça, c’était vraiment fun !
Dylan : On a même monté un site !
Aristide : Ouais, c’est carrément l’aventure !
Dylan : Et tout ça, c’est nous ! Et c’est trop cool ! Peut-être qu’à l’époque, dans les années 90, la « méthode », c’était de faire son morceau et d’attendre qu’un gros producteur vous tape sur l’épaule : « Come on, man ! » C’est vraiment différent pour la nouvelle génération dont on fait partie : tout le monde nous répète tellement tout le temps que l’industrie est…
Aristide : (l’interrompant) Fucked up [« Foutue », ndlr].
Dylan : …sclérosée, que c’est hyper compliqué d’obtenir ci ou ça, qu’au moment où on se lance, il ne faut surtout pas avoir l’espoir d’être signé ! Nous, on était sur le point d’accepter un CDI dans une boîte quand on a démarré cette aventure, mais si on s’y est risqués, c’est pour la vivre ensemble et de manière totale ! D’ailleurs, pour rigoler, on se fait appeler « la Please Corp. » !
Aristide : Tu le disais tout à l’heure : on s’en balance, de nos diplômes ; pourtant, je suis sûr que, finalement, artistiquement, c’est une part de nous : le projet a et aura encore demain cette gueule-là justement parce qu’on a tous les trois fait cinq ans d’études dans des domaines différents ! Ma main à couper que Please est le projet le plus structuré sans structure de France ! (rires)
Dylan : Quand nos managers ont commencé à taffer sur le projet et qu’ils ont vu nos documents, on a eu le droit à : « Waouh ! Vous êtes hyper organisés ! Je n’ai jamais vu ça ! » Mais pour accomplir tout ce qu’on a réussi à faire tout seuls, même si ce n’est ni sexy ni rockstar, c’est obligé !
Aristide : Aujourd’hui, un groupe de rock a tout intérêt à provoquer le destin ou à l’écrire lui-même, sinon c’est foutu !

Quels rapports entretenez-vous avec la scène parisienne actuelle ? On vous sait par exemple très proches de Rallye [groupe français de pop-rock, ndlr] comme de LORD$, et plus encore de Kids Return et de leurs anciens acolytes au sein de Teeers [groupe français de pop, séparé en 2020, ndlr]…

Aristide : Exact : Victor [Palle, ndlr] et Odilon [Boutin, ndlr] mènent maintenant leur propre carrière… Ce sont des liens fraternels qui nous unissent. On a tous une vie identique : les mêmes emplois du temps, les mêmes envies, ambitions… On est proches depuis assez longtemps pour certains, et quand on se croise, ça fait du bien, parce qu’on se comprend les uns les autres – contrairement à notre entourage qui ne fait pas de musique et qui ne saisit pas toujours les enjeux du métier, ses victoires et ses défaites… (rires) On se serre les coudes…
Dylan : (à Aristide) On parle de sympathies musicales ou du retour d’Irak des soldats américains ? (rires)
Aristide : Avec les Rallye, c’est plus récent. On avait la même éditrice, Salomé [David, coordinatrice internationale, ndlr] chez Universal [Music Publishing Group], et suite à : « Les gars, vous devriez vous rencontrer ! », elle a créé de toutes pièces une belle amitié ! Regarder un autre groupe évoluer et y voir un alter ego, c’est une bulle d’oxygène pour nous – à l’instar des [Rolling] Stones et des Beatles qui reconnaissaient finalement tous se tirer vers le haut et que leur prétendue rivalité était saine. On est tous dans le même bateau : si on commence à se tirer dans les pattes, c’est foutu ! Franchement, il y a de la place pour tout le monde !
Dylan : Ou de la place pour personne. (rires)

photogramme du clip de "Flashlight" (réalisé par Aristide Lacarrère, 2024) avec Louis Badha © Harvest Mood
« On peut imaginer qu’à un moment donné on sera capables de développer plein d’autres projets – qui sait, Please pourrait être un label, demain : on sait comment se structurer, on a un studio, des contacts dans l’image…
Ça pourrait nous faire kiffer ! »

Dylan Amsellem

photogramme du clip de "Flashlight" (réalisé par Aristide Lacarrère, 2024) avec Dylan Amsellem © Harvest Mood
Please (au premier plan, de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Louis Badha et Dylan Amsellem) lors de leur signature d'un contrat d'édition exclusif avec Universal Music Publishing France (2022) © archives personnelles de Please / Universal Music Publishing France
« Quand on a démarré cette aventure, qu’on s’y est risqués, c’était pour la vivre ensemble et de manière totale ! D’ailleurs, pour rigoler, on se fait appeler "la Please Corp." »

Dylan Amsellem

TEEERS, "Overheat" EP (Green United Music / Barclay / Universal Music France, 2018) © DR / Boris Camaca
Rallye, "cheval 2_3" EP (Les Productions du Sanctuaire, 2023) © DR / cestainsi, Romain Ruiz

Nous voilà au terme de cette interview et au seuil de votre nouvelle grande aventure… Quand partez-vous en résidence pour l’écriture de ce premier album ?

Louis : Lundi prochain !
Aristide : Lundi, on part chez Louis, en Normandie !
Dylan : Et on ne reviendra qu’un mois plus tard…

Aristide Lacarrère sur le tournage du clip de "Fun and Games" réalisé par Solal Brussel (2022) © Pauline Palisson, archives personnelles de Please
de gauche à droite : Louis Badha et Dylan Amsellem sur le tournage du clip de "Fun and Games" réalisé par Solal Brussel (2022) © Pauline Palisson, archives personnelles de Please

C’est amusant de constater comme le projet évolue, mais que vos habitudes restent les mêmes…

Louis : Parce qu’on va toujours au même endroit ?
Aristide : On va être au coin du feu…
Dylan : On a hésité à changer.
Aristide : Oui, il a été question, à un moment, de partir à Marrakech, dans un riad ! (rires)
Dylan : On avait envie de soleil, qu’il fasse beau…
Aristide : Mais on est très bien, chez Louis. C’est même un certain luxe, pour nous, en fait : puisqu’on connaît par cœur l’environnement, on n’aura vraiment que la musique comme préoccupation !
Louis : La grande différence, c’est qu’on a l’intention de tout faire en même temps, cette fois – on doit écrire et composer…
Aristide : Commencer. C’est le but.

Please (de gauche à droite : Dylan Amsellem, Aristide Lacarrère et Louis Badha) © Hector Passat
Please (de gauche à droite : Louis Badha, Aristide Lacarrère et Dylan Amsellem) © Hector Passat
Please (de gauche à droite : Aristide Lacarrère, Dylan Amsellem et Louis Badha) © Hector Passat
« C’est important d’arriver là-bas, en résidence, avec "rien", précisément pour avoir une totale liberté : on n’est plus attachés à des idées de prod’, on s’est émancipés de tout, et on n’a plus qu’à. »

Aristide Lacarrère

Please (de gauche à droite : Dylan Amsellem, Aristide Lacarrère et Louis Badha) © Hector Passat

Et, à seulement un petit week-end du départ, vous semblez sereins. Puisque vous ne travaillez pas encore sur l’album, comment occupez-vous vos journées ?

Dylan : On n’arrête pas ! En ce moment, pas mal de gens passent au studio, tout le temps…
Aristide : En début de semaine, par exemple, on travaillait avec nelick, un rappeur pop, très cool – on a bossé deux jours sur quelques-uns de ses morceaux, pour la suite de son projet…
Dylan : On a aussi préparé des surprises pour Please…
Aristide : Mais oui ! Mais pourquoi on n’a pas encore parlé de ça ?! (rires)
Dylan : On va sortir une version étendue de Flashlight – et celle-ci sera un peu plus maîtrisée que la précédente ! Il y aura un remix de Flashlight par un copain à nous, Antoine Bourachot. (s’adressant à moi) Tu le connais ?

Je l’ai vu sur scène, qui accompagnait Paul Prier [auteur-compositeur-interprète français, ancien membre du duo de musique electro-pop TOYS, ndlr] à la batterie.

Dylan : Ouais ! C’est un batteur de ouf ! Et un super bon producteur, qui fait de la bête de musique !
Aristide : Il a son projet, lui aussi.
Dylan : On lui a demandé de faire un remix de Flashlight, et sa version est vraiment trop bien – c’est du Antoine Bourachot par Antoine Bourachot ! On a aussi tourné une live session [réalisée par Ulysse Gilbert Castel, ndlr], ici même : on a joué Flashlight (KISCIBLE, 2025) et Hard Loving (KISCIBLE, 2025) à six musiciens [avec Rémi Klein, Andreas Salon et Victor Palle, ndlr], façon « pocket concert » – c’était trop cool ! Les vidéos sortiront bientôt ; et les audios seront donc dans le disque, qui aura, pour la première fois, une version vinyle – ce support nous manquait grave ! C’est le désavantage d’être indé’ : on passe après tout le monde, ça coûte cher parce qu’on n’en presse qu’une petite quantité, c’est long à produire…
Aristide : Devoir annoncer : « Pas de vinyle au merch’… » à chacun de nos concerts, c’est vraiment ce qui trahissait le plus notre amateurisme, notre indé-N…
Dylan : (à Aristide) Oh, elle est bien celle-là ! (rires)

nelick, "DIEU SAUVE KIWIBUNNY" (KiwiBunnyCorp / Virgin Music, 2018) © DR
Antoine Bourachot, "Expand" EP (ABP, 2025) © DR, Julia & Vincent
photogramme du clip de "Kind of Morning" (eddy, 2023) réalisé par Clara Franciosi, Salomé Hammann et Valentine Vendroux © eddy
Please (de gauche à droite : Louis Badha, Aristide Lacarrère et Dylan Amsellem) dans les coulisses du Palmarosa Festival 2024 © Hector Passat
Please (de gauche à droite : Dylan Amsellem, Louis Badha et Aristide Lacarrère) dans les coulisses de l'Accor Arena en 2024 © Hector Passat

Néanmoins, une fois encore, vous faites preuve de professionnalisme et d’une certaine audace, pour trouver le temps de proposer vos services à d’autres artistes ou de m’accorder ce long entretien, et bientôt partir, sans préparation ni appréhension, fabriquer un premier album et par là même relever le plus grand défi d’un groupe…

Aristide : C’est dans la continuité de trois ans d’expérience…
Dylan : Oui, c’est ça, tout simplement.
Aristide : Bon, allez, on doit bien avoir quinze petites ébauches d’idées… Reste à voir quelle direction elles prendront : on pourrait avoir trente piano-voix déjà prêts, on ne saurait quand même pas à quoi l’album ressemblera.
Dylan : On va peut-être déchanter de ouf, et rentrer tout penauds…
Aristide : Et donner raison à tous ceux qui nous diront : « On vous l’avait bien dit ! Vous êtes partis sans rien ! » (rires)
Dylan : « C’est ça, le rock ‘n’ roll, mec : on arrive, on n’a rien, et on repart, on a tout ! »
Aristide : Enfin, là, en l’occurrence, ce serait plutôt : « Ah, vous rentrez sans rien ? » Et ce serait plus chiant…
Dylan : Dur ! Si on rentre sans rien… (s’adressant à moi) on reprendra alors un petit rendez-vous, si tu veux ! (rires)
Louis : « Nouvel entretien avec ces gros losers de Please qui rentrent les mains vides de leur résidence » ! (rires)
Aristide : On continuera le travail ici, à notre retour – et peut-être qu’on repartira ? Mais c’est important d’arriver là-bas avec « rien », précisément pour avoir une totale liberté : on n’est plus attachés à des idées de prod’ de juin 2023, on s’est complètement émancipés de tout, et on n’a plus qu’à.
Dylan : Il y a aussi cette envie de « starter » ensemble, de triper tous les trois sur quelque chose qui n’existe pas encore et de voir ce qu’on peut en faire. Évidemment, on a des bouées de sauvetage : Louis a un disque dur rempli d’idées, moi, j’ai mes dictaphones, et Aristide a sûrement…
Aristide : (l’interrompant) son sourire et son éternel optimisme ! (rires)
Dylan : Chacun a forcément des trucs dans les poches, mais tout n’a pas encore été mis en commun. Donc, on se donne un mois pour connaître la tendance, la vibe des morceaux qu’on va écrire : essayer de produire le moins possible, mais d’en retirer le maximum d’essence, de substance… Il s’agit surtout de figer un instant : que l’album soit né là-bas, à ce moment précis. Parce qu’il y a fort à parier que les morceaux entrepris changeront vachement une fois qu’on sera revenus ici ; peut-être même qu’on aura trois nouveaux titres dans deux mois, pas du tout ceux qu’on aura faits en résidence, et qui seront les singles de l’album ?

Pourriez-vous de nouveau nous surprendre ? Par exemple, irez-vous finalement ouvrir cette fameuse boîte de Pandore du jazz-rock, votre péché mignon inavouable ?

Dylan : Damn !
Aristide : (rires) On ne te surprendrait pas si on le faisait…

FLASHLIGHT, DE PLEASE (GOOD MANNERS RECORDS, 2024)
Mickaël Pagano, 2025

© PHOTOS : DR, RON BARRY, ANNE BARTHES, JÉRÉMY BEAUDET, CÉLINE BISCHOFF, ALEXI BOUYGUES,
JOHN PATRICK BYRNE, BORIS CAMACA, CESTAINSI, RIVER COUSIN, MICHAEL D’ADDARIO, MIKE DOUD, EDDY,
ALISON FIELDING, GRIBBITT!, MICK HAGGERTY, DARYL HALL, SOPHIE HANOUN, HARVEST MOOD, MICHAEL HILI,
JULIA & VINCENT, THOMAS JUMIN, KAPTAIN MUSIC, DANICA KLEINKNECHT, ARISTIDE LACARRÈRE,
MICHAEL OCHS ARCHIVES, ALICE MOITIÉ, PAULINE PALISSON, KEVIN PARKER, HECTOR PASSAT, LEIF PODHAJSKY,
POLYDOR ARCHIVES, JULIA PONCIN, AARON RAPOPORT, THÉO RODIEN, ROMAIN RUIZ, MATT SAV, PIERRE TERRASSON,
APOLLO THOMAS, UNIVERSAL MUSIC PUBLISHING FRANCE, KARLA VINTER-KOCH, HERBERT WORTHINGTON