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MARTINETTI & RIVIÈRE
« LA SAUCE ÉTAIT PRESQUE PARFAITE »

Un livre pousse-au-crime

La sauce était presque parfaite est un livre de recettes et d’anecdotes tirées de la vie et de l’œuvre d’Alfred Hitchcock. On y découvre par exemple, avec délectation, la question d’un petit garçon : « Dans Psychose, qu’avez-vous utilisé pour faire le sang ? » La réponse du cinéaste, qui, tout sourire, s’était mis à table, a de quoi mettre en appétit cinéphiles et gastronomes : « De la crème au chocolat… »

« Certains films sont des tranches de vie. Les miens sont des tranches de gâteau », avait déclaré le « Maître du suspense ». La gourmandise est un vilain défaut, dit-on, mais on savoure l’œuvre hitchcockienne en gourmet, comme on dévore ce nouveau livre qui lui est consacrée.

Doit-on parler d’un délit d’initié ? Car les auteurs de La sauce était presque parfaite – 80 recettes d’après Alfred Hitchcock n’en sont pas à leur premier essai littéraire et culinaire : l’ex-responsable des Éditions du Masque Anne Martinetti et l’essayiste, romancier et scénariste de bandes dessinées François Rivière ont déjà manié la plume ensemble avec Crèmes et châtiments, recettes délicieuses et criminelles d’Agatha Christie (JC Lattès, 2005) puis Les Petites Recettes Modèles, inspirées des oeuvres de la Comtesse de Ségur (Aubanel, 2007). Après la « Reine du crime » et « la mère Gigogne », les rédacteurs se sont nourris du tout Alfred Hitchcock, père du faux coupable.

Depuis ses premiers films anglais – À l’est de Shanghai (1932), Les 39 marches (1935), Agent secret (1936), Jeune et innocent (1937) – aux grands classiques de sa période américaine – La Main au collet (1955), Les Oiseaux (1963), Pas de printemps pour Marnie (1964), Complot de famille (1976) –, le cinéaste a très souvent mis en scène sinon dans la bouche de ses acteurs, grâce aux dialogues, la gastronomie. On ne saurait, par exemple, dissocier le dîner chez la romancière Isobel Sedbusk du récit même de Soupçons (1941), ni l’épouse cuisinière de l’inspecteur Oxford de l’intrigue de Frenzy (1972), et encore moins le couteau à pain de l’arme du crime dans le premier film parlant britannique, Chantage (1929).

« Un meurtre sans des ciseaux qui brillent est comme des asperges sans sauce hollandaise. Sans goût. »
Alfred Hitchcock

Mais Alfred Hitchcock n’a pas seulement garni les nourritures de son esprit. Le réalisateur est « né le 13 août 1899 dans les odeurs de fruits mûrs, de jambons salés et d’épices diverses d’une arrière-boutique devenue bientôt le décor de ses premières aventures terrestres. » Fils d’un épicier en gros de Londres et d’une maman « à qui tout le monde reconnaît un vrai talent de cordon-bleu », Alfred Hitchcock a finalement fait connaître sa grosse silhouette autant que sa grande virtuosité.

Anne Martinetti a donc réuni et reproduit plusieurs recettes du réalisateur : celles que l’on mange des yeux dans ses fictions et celles qu’il conviait à ses meilleurs repas. Mais plus qu’un simple livre de cuisine, La sauce était presque parfaite s’allonge de quelques épisodes de l’intimité de ce bon vivant, à la lecture desquels on s’avise de ses péchés mignons et de ses régimes, de ses dîners d’affaires ou de celui, « fantomatique », qu’il accommoda pour la comédienne Vera Miles… Nombre d’anecdotes, des images également, agrémentent donc les pages d’un ouvrage que friands cinéphiles et acteurs de la bonne chère liront avec appétit. Sans l’ombre d’un doute.


LA SAUCE ÉTAIT PRESQUE PARFAITE – 80 RECETTES D’APRÈS ALFRED HITCHCOCK, D’ANNE MARTINETTI ET FRANÇOIS RIVIÈRE (CAHIERS DU CINÉMA, 2008)

Mickaël Pagano, 2008

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