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ARNO
« ARNO CHARLES ERNEST »

Embarque-
ment immédiat

Arno, c’était le blues à l’européenne, noyé de brouillard londonien, d’embruns flamands, et du traditionnel ressac francophone. « C’était » ? Réponse en contradiction tanguée avec un nouvel album : oui et non…

Si l’enivrant sujet d’Arno Charles Ernest n’est pas l’amour – écoutez donc les textes d’Amor (french kiss), ou retenez déjà la poésie d’Il est tombé : « Car elle est celle qui le fait vaciller / Qui chancelle sur ses nuits ondulées » –, alors quel est son nectar discursif ? « Le titre éponyme de l’album est révélateur. Le fil conducteur, c’est moi, plus précisément une période de ma vie. Bonne ou mauvaise, peu importe. Aujourd’hui que c’est terminé, je suis seulement en mesure d’avouer que je suis très satisfait de ce qu’elle m’a apporté : mon meilleur disque ! »

Ce vieux loup de mer de la chanson, qui a déjà vogué sur sept autres opus en solo, prend toujours le large quand il faut parler du passé : « Je ne reviens jamais sur ma carrière. Sinon, comment aller de l’avant ? C’est pourquoi voilà des semaines que je n’ai pas entendu une seule note de mon dernier disque. Je le réécouterai plus tard… Dans dix ans, quand je m’arrêterai peut-être ! »

Pourtant, cette maison mer musicale, il en a fait son eau-de-vie : au fil des années, il se sera ancré dans cinq groupes, aura navigué sur vingt-cinq albums, accosté la B.O. (celle de Merci la vie, film de Bertrand Blier, en 1991) et pris à l’abordage quelques célèbres artistes et refrains (Le Bon Dieu de Jacques Brel, Comme à Ostende de Léo Ferré, La Fille du Père-Noël de Jacques Dutronc amarrée au Jean Genie de David Bowie dans Jean Baltazarrr, mais aussi prochainement Mother’s Little Helper des Rolling Stones et Élisa de Serge Gainsbourg).

Et lorsqu’il prend enfin terre, il trouve encore l’écriture comme port d’attache : Arno vient d’être sacré Chevalier des Arts et des Lettres. « J’ai bien été Prince des moules ! En fait, j’ai d’abord cru à une blague. Et puis, finalement, non, c’était sérieux. Et très flatteur. Mais ce n’est pas la meilleure des reconnaissances : celle-ci m’est évidemment offerte par mon public. »

Touchant et intimidé, vibrant et réservé… C’est intimement exalté que l’auteur-compositeur reste le même : avec un océan de mélodies – dont Je veux nager, premier extrait de l’album – qui s’annonce « vraiment très différent ».


ARNO CHARLES ERNEST, D’ARNO (DELABEL, 2002)

Mickaël Pagano, 2002

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