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ALB.
« IDIDUDID »

Lucky Punch

Maintenant qu’alb. est officiellement un duo composé de Clément Daquin et son batteur Raphaël Jeanne, voilà qu’il publie IDIDUDID, nouveau choc musical qui malmène l’harmonie de l’union. Quelle ironie.

« La vie de couple, ou les matches de boxe du quotidien. » Ainsi Clément Daquin annonce-t-il lui-même la sortie de IDIDUDID, deuxième extrait d’un album attendu, aussitôt proposé dans le langage imagé de Pierre Édouard Joubert.

Et l’on dirait bien que le réalisateur du clip maîtrise le jargon pugilistique, puisque les sports de combat dits de percussion sont avant tout définis par des armes et des cibles (corporelles), deux termes qu’il met en scène à juste titre. Ses amants duellistes jouissent tour à tour de donner la mort à l’autre, dans le hit-and-run routinier d’une relation amour-haine passionnée ; ils jouent une version violente du chat et de la souris, piégés dans le cercle vicieux d’un rapport de force sans fin ni merci.

Face au conflit, le spectateur est entraîné malgré lui, désarmé, dans la peine – châtiment infligé ou sentiment d’affliction – qui cogne à l’écran.

 

Coexistant, l’auditeur est quant à lui d’abord frappé par cet irrésistible besoin de taper des mains, stimulé par la mise en place rythmique spectaculaire et percutante du single pop. Enchaînant les syncopes et les contretemps, ces accents toujours en conflit avec la mesure, elle compose immédiatement l’ossature solide du morceau, mais aussi, paradoxalement, travaille le corps meurtri du thème.

Car ce dernier, encouragé par des bribes de commentaires sportifs qui découpent la chanson en trois rounds et autant de couplets, perd l’équilibre d’un ménage et trouve ses protagonistes sur le point de jeter l’éponge.

L’auteur soigne son écriture et signe coup sur coup deux strophes à la première personne du singulier : tout un chacun se reconnaîtra dans ce « je » qui fait le constat d’une inimitié dans son intimité, reconnaissant même ses faiblesses (« Can’t change the things I did », « I know I crossed the line ») sans s’avouer vaincu (« But it would be a lie / To say it’s no one’s fault but mine »). Ok, une défaite l’a certes étourdi (« And I know how much it hurts / When creeping in, saying things like this will never work ») mais il s’interdit de battre en retraite tant que l’Autre n’est pas KO.

Anticipée par ce qui sonne déjà comme un verdict (« Let’s go straight to the end / I do not know how to feel like this again »), la dernière partie conjugue les voix et les personnes, insiste sur la répétition des disputes (« We play the same games everyday / We started this anyway », « It keeps coming back all the time ») avec celle d’un possible refrain, et relève finalement combien les deux font l’impair quand ils s’envoient au tapis ou se rejettent la faute (« I did, you did »).

Et s’ils avaient su s’ouvrir l’un à l’autre au lieu de fermer, qui les yeux, qui les poings, casser la distance comme cela était soufflé à la fin des deux premières reprises : « We were face to face / When we should have been side by side » ? Alors, peut-être, ces adversaires, seulement réunis dans l’adversité ou parce qu’ils sont les deux morceaux d’un même problème, auraient-ils pu chanter ensemble victoire sur leurs différends…

Après Endless Together, ode bien distincte à l’amour durable voire éternel, alb. a remis son titre en jeu. Et pour le duo, l’avenir d’une rencontre serait maintenant l’antagonisme – une lutte qui oppose deux forces : toi et moi, mais aussi l’image et le son, les paroles et la musique…
IDIDUDID, ou l’art de frapper un grand coup pour marquer les esprits.

 

IDIDUDID, DE ALB. (ARISTA / SONY MUSIC, 2017)

Mickaël Pagano, 2017

© PHOTOS : PIERRE ÉDOUARD JOUBERT / C4 PRODUCTIONS

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